Actualités

Fermeture de l'Amicale

Suite aux dernières directives l'Amicale rouvre en jauge réduite, merci de nous contacter avant votre visite.

Les mails, le téléphone et le courrier sont relevés normalement.

Espérant vous retrouver en bonne santé à la reprise.

Portez-vous bien.

Le Bureau

La France Mutualiste

Prochaine permanence de France Mutualiste à l'Amicale mardi 2Juin 2021.
Sur rendez-vous
si les conditions sanitaires sont réunies.

Lire la suite...

Le texte ci-après découle d'une histoire authentique, touchant de très près son auteure. Les prénoms ont été changés, mais les faits demeurent. (LR)

 

Il fait frais sous les peupliers qui offrent généreusement leur ombre le long du Gave en cette fin de jour caniculaire de juillet. Pierre respire à pleins poumons l’air mêlé de l’odeur du fleuve et des myriophylles qui poussent les pieds dans l’eau en petites touffes colorées. Bercées par la chanson du fleuve, les ombres des promeneurs s’étirent sur le sol dans le soleil déjà couchant. Quelques enfants chahutent, des amoureux, main dans la main, refont pour la énième fois le film de leur vie future. Pour un peu, on en oublierait que la guerre embrase l’Europe et Pierre se sentirait presque bien si...

« Au secours, au secours, Marguerite ! »

A quelques mètres de là, une jeune femme court en criant et en montrant le fleuve. Pierre aperçoit alors la tête d’une petite fille qui s’enfonce dans l’eau et refait surface à plusieurs reprises. Elle a glissé sur la berge pentue et la mince branche, à laquelle elle s’est rattrapée, a lâché. La maman crie, elle ne sait pas nager. En bas, un attroupement s’est formé. Pourtant, personne ne plonge et la fillette, petit bouchon ballotté sur l’eau vive, s’agrippe à une branche morte, lâche prise, recommence.... Cela semble très long mais seulement quelques minutes se sont écoulées.

Pierre est un excellent nageur. Il a appris à nager avec ses amis, « Allez chiche, t’es pas cap de plonger trouillard ! », dans les eaux tumultueuses et boueuses de la Garonne à Bordeaux, la piscine municipale étant un luxe qu’ils ne pouvaient s’offrir. Mais ici, maintenant, c’est un clandestin « un soldat de l’ombre » tendu vers sa mission...

Juin 1940. Pierre venait de fêter ses 20 ans. « C’est le bel âge, 20 ans, lui claironnait-on ! » Cela aurait du l’être s’il n’y avait eu cette fichue guerre qui lui volait son insouciance, à lui comme à ces millions de jeunes ici ou ailleurs en Europe. A 20 ans, on a envie de vivre, on fait des projets, on tente des expériences, on les rate souvent, on les réussit parfois. Lui, Pierre, n’avait déjà presque plus envie de rien. « J’chuis pas né sous une bonne étoile ! » disait-il en plaisantant. « Je suis né de père incertain et de mère "trop connue"... ! » Jolies formules pour cacher sa détresse ! Il avait poussé tant bien que mal et plutôt bien finalement.

La radio grésillait dans sa chambre de bonne au 6e étage sans ascenseur. A 20 ans, on a de bonnes jambes, mais surtout son maigre salaire de garçon d’hôtel ne lui permettait pas d’avoir des rêves fous ! « Un jour, j’aurai un grand appartement avec un lavabo rien que pour moi et finies les toilettes au bout du couloir, suprême luxe ! »

De la radio, une voix lointaine, grave, solennelle s’élevait : « Moi, Général de Gaulle... » On était le 18 juin, c’était son jour de repos. C’était comme si le discours de cet homme, de là-bas, pénétrant dans toutes les fibres de son corps, actionnait dans tout son être un mécanisme trop tôt rouillé. Et Pierre se dit qu’il n’avait rien à perdre puisqu’il n’avait jamais rien gagné...

Il fait frais sous les peupliers qui offrent généreusement leur ombre le long du Gave en cette fin de jour caniculaire de juillet 1942. Le fracas de la guerre semble si loin. Pierre, entend les appels au secours de la jeune femme.

« Souvenez-vous que personne, ni famille, ni amis ne doit savoir ce que vous faites. C’est à cette condition que nous réussirons ». Les paroles de Léonce, le chef de groupe de son réseau, résonnent dans sa tête et se mélangent douloureusement aux cris de la maman. Il devrait déjà avoir sauté à l’eau, lui d’habitude si prompt à réagir. Sa vivacité lui a souvent sauvé la vie pendant ces 2 années dans la clandestinité. Comme cette fois où il a sauté dans la rivière quand le train allemand a explosé sous la charge de dynamite que ses compagnons et lui-même avaient placée sous le pont.

« Méfiez-vous des pièges tendus par les Boches ! Des fois, ils mettent en scène des faux incidents et hop, ils nous chopent. La survie du groupe en dépend ! »

Va-t-il plonger ? Peut-il plonger ? Et si c’était un piège justement ? Demain arrive un convoi chargé d’armes, l’opération ne doit pas rater, il faut le détruire, voilà sa mission. Tout compromettre ? Risquer de se faire prendre et mettre en danger le réseau, si près du but ? Condamner des centaines d’innocents civils en sauvant cette petite ? Alors, la laisser mourir ? Saleté de guerre ! Pour l’instant, il joue les promeneurs paisibles. Dans l’eau la petite ne crie même plus, elle n’en a plus la force. Bientôt, elle va disparaître avalée par le fleuve...

Le bruit d’un plongeon, l’eau qui éclabousse. Le courant n’est pas très fort à cet endroit-là mais le nageur lutte âprement pour ramener au bord la pauvre Marguerite, épuisée, qui se laisse aller entre ses bras. Il la dépose délicatement, précieux fardeau, sur la berge. Sa maman se précipite et la serre dans ses bras. Elle ne pleure plus. Son sauveur est là, souriant, fier, trempé dans son uniforme de soldat allemand, Heinrich rentrait à la caserne, et lui, il a plongé sans hésiter, sans réfléchir.

Sur la chemise en lin de la maman, comme une tache, comme une insulte, une étoile jaune…

Marie José Ablancourt