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Assemblée Générale 2020

En raison des événements, l'Assemblée Générale prévue le jeudi 15 octobre 2020 à la salle des fêtes de Cazaux n'aura pas lieu.

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Le Bureau

À l'occasion de la Noël 2019, nous étions quelques Amicalistes présents à Parentis-en-Born pour assister à l'une des grandes traditions de la Légion Étrangère : "le Noël du légionnaire". Il est peut-être bon de rappeler que la Légion Étrangère est une grande famille avec sa devise « Legio patria nostra » qui était à l'origine la devise du 3ème Régiment Étranger d’Infanterie (3ème REI). C’est pourquoi, dans tous les lieux où se trouvent des légionnaires, la Noël se fête chez tous les légionnaires, sans distinctions de grades, races, confessions ou nationalités.
Tous les sympathisants y sont bienvenus. Associés à cette fête de la fraternité et de confiance en l’avenir, c’est un moment d’amitié, de souvenir… de réflexion.
Partout où se trouve la Légion Étrangère, on prépare la crèche dans le plus grand secret. Elle doit être différente chaque année. Faite avec les moyens du bord, elle fait appel à l’innovation. En ce Noël 2019, la crèche de Noël du Légionnaire à Parentis-en-Born reposait sur un des nombreux "faits d'armes" qui reflète un des aspects du légionnaire que seuls les initiés connaissent bien : "le légionnaire, soldat-bâtisseur".
Car le légionnaire, quelle que soit sa spécialité, s'il est avant tout un soldat, est aussi bâtisseur, tailleur de pierres, carrier, maçon, ouvreur de routes… Face moins connue des diverses missions incombant à la Légion Étrangère mais que connaissait bien le général Rollet (1875-1941) surnommé le "Père de la Légion" qui deviendra le premier Inspecteur de la Légion Étrangère.
Nombreux sont les lieux où le Légionnaire, par son fusil, et sa pioche, a laissé et laisse la marque de son passage façonnant le paysage pour adapter l’environnement à la présence humaine et faciliter le développement des intérêts militaires et économiques de la France. (LR)


"Il était une fois dans l’oued… Ziz"

Cette histoire authentique évoque l'un des plus célèbres exploits de la Légion Étrangère.
Dans les années 1900, pour soutenir le sultan du Maroc, la France commence la conquête du pays. La résistance à la pacification continue dans le nord du pays, en profitant du relief : c’est la guerre du Rif (1921-1927).
Mars 1927 : Pour permettre des déplacements rapides aux troupes françaises au cœur de l’Atlas Marocain, avoir des axes de circulation et de ravitaillement  absolument sécurisés et faciliter la réduction des poches de résistance rebelles, l’État-major décide de construire une route carrossable de 150 km à travers le
massif montagneux, dite "Route du Ziz", que l'on pourrait appeler, avec d'autres, "la route du légionnaire" : route située entre Midelt et Erfoud, qui emprunte les gorges inondées périodiquement par les crues de l’oued Ziz.
Impossible de contourner, il faut passer au travers à une hauteur de 50 m au-dessus du niveau de l’oued afin d’éviter toute inondation en cas de crues.
C'est donc au km 111, à 1225 mètres d’altitude que, pour relier le nord et le sud de l’Atlas, on décide de "fabriquer" un imposant tunnel. Il s’appelle de nos jours "le Tunnel Zaabal", et sur les cartes il est toujours nommé le "Tunnel du Légionnaire".
Le percement du tunnel est confié à la 3ème compagnie de sapeurs-pionniers du 3ème REI. Cette compagnie est commandée par le capitaine Edard et composée de trois officiers, 7 sous-officiers, 10 caporaux et 126 légionnaires.
Alors que le régiment est durement engagé dans des combats contre les Chleuhs, (rebelles Rifains) dans le nord-ouest du Maroc, l'adjudant Michez, avec sa section, est chargé du creusement : un travail de géants « qu’aucun sultan du Maroc n’osa jamais réaliser... » (dixit les journaux de l’époque)
24 juin 1927 : 1ère phase des travaux : Les travaux d’aménagement du chantier et des différentes infrastructures (plusieurs ponts sur les oueds) commencent avec de nombreuses Compagnies des 2ème et 3ème REI qui travaillent sur la piste de Rich, à Ksar-es-Souk (Errachidia), en particulier les Compagnies montées dotées de… mules, surtout, plus souples que les mulets.
Ce "moyen de guerre" est parfaitement mis au point par la Légion. Il fonctionne avec des trinômes (2 hommes, un mulet) : toutes les 2 heures, pause de 10 minutes. Les légionnaires se relaient, on fait "changez-montez", en principe 6 heures. On fait 12/15 h de marche par jour.
Souvent le légionnaire donne à l’animal le peu d’eau qu’il a, ce qui fait que le dernier quart d’eau est souvent partagé avec la brèle qui a appris de longue date à boire au goulot du bidon et, parfois… à fumer... aussi.

La brèle du légionnaire

Juin à octobre 1927 : 7 km de routes carrossables sont aménagés. L’éperon rocheux est attaqué à la fois par le nord et par le sud. Cette première phase des travaux doit permettre un accès au chantier. On trace à travers les éboulis une piste en corniche de 3 km en amont du futur tunnel et de 4 km en aval.
La seconde phase consiste à transformer la piste tracée en route, ce qui implique la construction, depuis le fond de la vallée, d’un mur de soutènement en pierre de plus de dix mètres de haut !
27 août 1927 : Le légionnaire Rauschert est blessé durant les travaux préparatifs au percement, jambe droite arrachée par une charge d’explosif, type TNT… Il mourra lors de son évacuation. Il y aura encore des blessés : on n’en connaît ni le nombre ni la nature des blessures, car peu de légionnaires, voulant continuer à œuvrer avec leurs camarades, se portent consultants.
Parallèlement, on monte les gardes, car bien que pacifié, le secteur n’est toujours pas tout à fait sûr.
Début octobre1927 : Le percement du tunnel, proprement dit, commence à la saison des pluies, des 2 cotés en même temps. Il s’agit d’une entreprise hors du commun.
Les légionnaires ne disposent pas de moyens mécaniques. À défaut, la seule énergie de leurs muscles, alliée à une farouche volonté de vaincre ce défit, fera l'affaire : pics, pioches, barre à mines, explosifs (TNT, quand c’est possible), brouette pour les déblais… Tout à la main ! Éclairé à la bougie, ou avec des lampes à acétylène, le chantier progresse relativement vite.
Les légionnaires pensent être de retour dans un an, mais pour l’instant, ils avancent. Il y a peu d’accrochages, mais ils sont confrontés à un autre type de guerre : l’invasion des criquets, d'énormes nuages de sauterelles. Vers Khenifra, proche de Midelt, elles rasent tout ce qui est nourriture.
Les légionnaires se relaient pour forer la montagne, la gorge sèche comme du vieux cuir et les yeux brûlés par la poussière. Le percement est ardu et ils  subissent les difficultés climatiques, dues à et la chaleur mais aussi au froid à cause de l’altitude et de la saison. Dans la journée, même en hiver, le soleil marocain se réverbère sur les parois rouges de granit environnantes.
Nous sommes à plus de 1200 mètres d’altitude. Le froid des nuits disloque les rochers et provoque de nombreux éboulis. Il faut évacuer les débris de roches dans la poussière : un travail harassant.
Dans cette zone, il n’y a pas de puits et l’oued est presque toujours complètement à sec, à part une crue exceptionnelle. Les hommes ne se plaignent pas trop de la soif, car la Compagnie du 2ème REI apporte régulièrement un ravitaillement en eau et le soukier vient les voir très souvent. Ils travaillent et ne voient pas le temps s’écouler. Le soir ils s'écroulent après avoir quand même fumé quelques bonnes cigarettes, fait des parties de belotes, d’échecs car il y a quelques russes parmi eux et… de poker, pour quelques-uns.
Nostalgie oblige, certains écrivent quelques mots à des amours ou amitiés lointaines. Heureusement ils bénéficient d’un bon soutien logistique : le courrier arrive, et… la solde (anciennement "prêt") parvient normalement car l’officier payeur du régiment vient les visiter au moins une fois par mois, sinon deux.
Les cuisiniers, se surpassent, grâce aussi au Berbère qu'ils ont recruté. Les légionnaires font des économies : quelle super bamboula en perspective au retour !
À l’intérieur du tunnel, pendant les travaux, l’absence de ventilation rend l’air quasiment irrespirable, en particulier après avoir fait sauter un pan de granit ou de calcaire très dur, la poussière et la fumée ont du mal à être évacuées. Les hommes ne sont pas malheureux. Parfois Ils reçoivent des visites de berbères, des
schleuhs, hommes et femmes de la montagne qui apprécient la Légion.
Des échanges commerciaux et amicaux ont lieu. Certains viennent faire du troc avec des pierres que l’on trouve un peu plus bas, dans le secteur d’Erfoud. Quelques fois, une conteuse prépare une veillée avec des contes et poèmes berbères. Ils apportent un peu d’art et de tendresse dans ce monde inhumain. Un
avion vient aussi de temps en temps apporter du courrier. Le courrier arrive et repart parfois avec un camion des travaux, ou par une colonne de mulets allant sur Ksar-es-Souk.
Novembre 1927 : Bien sûr, on n'oublie pas "la poussière", (quart de vin rouge traditionnel) obligatoire dans les armées depuis 1910. Mais, avec la chaleur, les hommes préfèrent boire de l’eau, et le soukier a de la bière !
On se demande toujours comment il fait pour la garder relativement fraîche : le Zeer pot (2 pots de terre cuite mis l'un dans l'autre et séparés par une épaisseur de sable mouillé), n’explique pas tout. Beaucoup de légionnaires sont atteints de dysenterie, peu consultent, l'un d'eux décèdera.
Les légionnaires continuent à monter les gardes. Le Maroc est pacifié, mais le secteur est de moins en moins sûr depuis le décès de Moulay Youssef, sultan du Maroc depuis 1912, emporté, par une crise d'urémie. « Son règne aura été pour le Maroc l’un des plus prospères et des plus heureux (Albert Julien "Le petit
parisien") ».
Comme le prévoit la loi coranique, Sidi Mohammed, son troisième fils est désigné par l’Assemblée des notables et des oulémas marocains comme sultan à la place de ses frères aînés.
Il deviendra trente ans plus tard, en 1956, l'année de l'indépendance retrouvée, le premier monarque du pays à porter le titre de roi sous le nom de Mohammed V.
25 décembre 1927 : On fête Noël tous ensemble. les cuistots se sont dépassés : il y a eu du pain frais ! On monte les gardes… on creuse. Il fait froid, il a neigé. Aucune action de dissidents.
1er janvier 1928 : On fête le nouvel an. On monte les gardes, on creuse… Le plus long toujours est d'évacuer les déblais. Seuls, quelques coups de feu sur des schleuhs anti-sultans venus sonder le dispositif de défense.
28 janvier 1928 : Tous attendent le soukier avec beaucoup d’impatience. On trouve de tout avec lui, c’est un vrai foyer ambulant : il a même des aliments frais, y compris de la menthe fraîche. Il se sert de mulets, mais parfois il a aussi un camion de cinq tonnes comme entrepôt pour ravitailler en vivres, conserves,
vins fins, liqueurs, etc.
Vents de sable, ensablements, pistes effroyables, accrochages, coups de feu, explosions... Rien n'arrête le soukier. Il doit approvisionner régulièrement l’unité qui a bien voulu lui faire confiance.
Il la suit fidèlement.
Le métier n’est pas toujours facile, comporte des risques, mais enrichit rapidement son homme. Seulement 2% des soukiers sont français.
25 février 1928 : Le colonel Rollet, "Père de la Légion" commandant le 1er REI visite les travaux. Sa réputation est grande, surtout : « … jugé très qualifié pour diriger plus tard l’ensemble de la Légion Étrangère (sic) ».
On creuse…, mais on rectifie les tenues !
6 mars 1928 à 16 h 30 : Après plus de cinq mois de dur labeur : Hourrah ! C’est la jonction du Nord et du Sud.
Les légionnaires "pavoisent". Ils "voient le bout du tunnel" dans tous les sens du terme ! Si les deux tronçons du tunnel ne se sont pas rejoints exactement dans l’axe, ils ne présentent à leur point de jonction qu'un dos d’âne d’une trentaine de cm de hauteur. Ce petit défaut va être éliminé et à cet endroit, la hauteur de la voute va être portée à 3,50 mètres.
Le tunnel routier marocain, considéré achevé, fait 62 mètres de long, 8 mètres de large et 3 mètres de haut.
Avril 1928 : Les travaux finis, les légionnaires vont marquer la roche de leur empreinte : deux inscriptions vont être gravées sur le rocher couleur rouille. La première sur l’entrée nord : « La montagne nous barrait la route, l’ordre fut donné de passer quand même… La Légion l’exécuta. Octobre 1927 – Mai 1928 »
La seconde sur l’entrée sud, sous la grenade à 7 flammes et les haches croisées, symbole des pionniers : « Le tunnel fut percé en 6 mois par 40 légionnaires. L’énergie de leurs muscles et leur indomptable volonté furent leurs seuls moyens. »
30 avril 1928 : Les travaux d’aménagement de la route vont continuer jusqu’à la fin de l’année, mais on n’oublie pas, bien sûr, de fêter Camerone et les fêtes commémoratives qui relient le légionnaire à la France.
Impressionné par la prouesse et l’importance stratégique de l’ouvrage, le maréchal Lyautey, ex Résident Général de France au Maroc, déclara alors : « Un chantier vaut bien une bataille. »
18 juin 1928 : Le Maroc n’est toujours pas entièrement pacifié. Au nord de Midelt, un convoi de quelques véhicules tombe dans une embuscade. Un légionnaire est porté disparu et 11 tués sont à déplorer : un colonel, deux capitaines, trois sous-officiers et cinq légionnaires.

CW

La "crèche du légionnaire 2020" est pour l'instant suspendue aux aléas des contraintes sanitaires.
Cependant si le ciel s'éclaircit et que les délais le permettent, elle pourrait avoir lieu. Se renseigner auprès de l'AAAG.