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Assemblée Générale 2020

Vu les circonstances, l'Assemblée Générale prévue le 24 avril est reportée à une date ultérieure.

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Le Bureau

Fermeture de l'Amicale

Vu les circonstances, l'Amicale est fermée jusqu'à nouvel ordre.

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Le Bureau

Fin décembre 1999, la France est sens dessus dessous. Le dimanche 26 et le lundi 27, deux tempêtes qui ont pour noms LOTHAR et MARTIN traversent et ravagent notre pays. 144 000 hectares de forêts sont détruits, 45 millions de m3 de bois sont à terre.
Le premier jour, c’est le Nord de la France qui est touché. Le lendemain, des vents mesurés à plus de 180 km/h à Ouessant balayent la partie Sud. À l’Est, Nancy et son Parc de la Pépinière sont très endommagés. Au sud de la ville, le collège et lycée de La Malgrange, où mon épouse enseigne, sont particulièrement touchés. Ce site de plusieurs hectares, ancienne résidence d’été du Roi Stanislas Leszczynski est une magnifique école accueillant plus de 1300 élèves.
Ce matin du 26 décembre, Madeleine G. responsable de cycle, nous téléphone. Elle est en pleurs. Le Directeur de l’école, Vincent C. est bloqué à Paris, le concierge de l’école, ancien militaire, l’appelle en ces termes : « Madame G., dans le parc, les corbeaux n’ont plus un arbre pour se poser ! ». Complètement anéantie, elle a besoin d’aide pour faire le tour des installations.
Après avoir mis un peu d’ordre sur le toit de notre maison qui restera sans électricité durant 4 ou 5 jours, nous allons à Nancy. Madeleine a contacté quelques profs. Nous sommes une poignée à avoir pu répondre à son appel angoissé. Devant l’école, de nombreux arbres sont couchés sur l’esplanade bloquant le portail d’accès. Nous empruntons celui de l’entrée de la cour principale, et là, c’est l’horreur qui se présente à nos yeux.
Le sol est jonché de tuiles. Celles de la chapelle, mais aussi du bâtiment Stanislas, bâtiment historique. Des arbres de plusieurs mètres de haut sont déracinés, couchés contre les murs du bâtiment. Mais ce qui nous inquiète le plus, c’est une grosse masse de matériaux goudronnés qui git au beau milieu de la cour : ce sont plusieurs dizaines de m2 du toit de l’Athénée, où se trouve une grande partie des salles de cours, qui ont été aspirés et projetés sur le terrain de basket.
Nous traversons le hall de réception de l’école et devant nous s'ouvre une vision d’apocalypse… La cour d’honneur est jonchée de tuiles. L’allée bordée de marronniers centenaires n’existe plus. Ils sont déracinés, broyés, enchevêtrés les uns dans les autres. Le majestueux séquoia, fierté de l’école qui faisait plus d’un mètre de diamètre est cassé en deux à quelques mètres du sol. Les mirabelliers, les pommiers ont subi le même sort. Le gymnase est juste à côté du verger. Pas besoin d’ouvrir les portes. Elles ont été soufflées par la tempête. À l’intérieur, c’est Beyrouth. Les verrières donnant de la lumière dans la salle de sport ont explosé. Le sol est couvert de verre. Un véritable cataclysme. Le lendemain, nous décidons de nous attaquer à l’enlèvement de ces monceaux de verre. De nombreuses poubelles à roulettes sont remplies. Ce travail n’est qu’une goutte d’eau à côté de ce qui nous attend. A midi, petit casse-croute sur le pouce chez Madeleine et nous revoilà partis à l’école.
Notre but, vérifier les toitures. A certains endroits, les greniers sont à ciel ouvert. Heureusement, on y trouve une réserve de tuiles neuves. Elles vont nous être utiles. Une entreprise contactée ne peut nous envoyer qu’un seul couvreur. Une équipe de profs se charge de bâcher du mieux possible la toiture de l’Athénée qui a en effet perdu une bonne partie de sa couverture à base de matériaux bitumés. Je monte avec le couvreur sur le toit du "Stanislas". Nous sommes à une douzaine de mètres de hauteur. Une grande quantité de tuiles se sont envolées dans la cour d’honneur, mais la majorité, soit plusieurs centaines ont été aspirées et redéposées sur le toit. Je laisse le spécialiste s’occuper des bordures et m’occupe des parties moins dangereuses. Nous y passons l’après-midi et à 17 h, à la tombée de la nuit (n’oublions pas que nous sommes en Lorraine), les toits sont en grande partie sécurisés. C’est ce que nous pensons quand nous partons épuisés, nous donnant rendez-vous le lendemain matin.
Mais là, catastrophe !... Dans la nuit, il a neigé. Sous l’effet de la chaleur de l’intérieur du bâtiment la neige fond, inondant trois ou quatre salles de classe. Travail supplémentaire ! Pendant que nous dégageons la neige sur le toit avec balais, souffleuse, raclettes, dans les salles de classes, une équipe s’affaire à évacuer l’eau. Malgré nos efforts, ces pièces ne seront pas disponibles pour la rentrée qui aura lieu dans quelques jours.
Vincent C. le Directeur, a réussi à nous rejoindre. Il prend les choses en mains. Dans quelques jours, les élèves seront là. Il trouve de l’aide auprès de son ami le colonel commandant la BA 133 (Nancy-Ochey) qui, sans hésiter, met à notre disposition une vingtaine de personnes, un camion de pompier et son équipage armé de tronçonneuses.
Le téléphone arabe fonctionne. Un élan de solidarité fait le reste : profs, parents d’élèves, élèves et même des inconnus à l’école nous rejoignent. Il faut dégager le plus possible d’arbres, de tuiles et tout ce qui peut être dangereux sur la cour principale. Dans le parc de l’école, après autorisation de la mairie, un grand feu est allumé sous le contrôle de nos amis pompiers militaires. Nous tronçonnons, coupons, élaguons, dégageons les accès. Le brasier est alimenté en permanence et cela plusieurs jours durant. La cantine réactivée nous permet de reprendre des forces, puis nous repartons au labeur. Encore et encore nous tronçonnons, élaguons, débardons, j’allais dire jusqu’à l’épuisement.
La fin de la semaine arrive. Tout ce qui peut être fait par nous-même l’a été. Plus tard, une entreprise se chargera de dégager les grumes. Les dégâts causés aux toitures seront réparés. Un énorme trou sera creusé pour enterrer les souches des arbres déracinés (les évacuer reviendrait trop cher). Plus de 130 arbres ont été mis au tapis par la tempête LOTHAR. Beaucoup, beaucoup de dégâts matériels, mais heureusement l’école était vide, car c’était les vacances de Noël.
Le lundi matin, grâce à ce merveilleux élan de solidarité entre l’Armée, le secteur civil, les profs, les parents d’élèves, les élèves qui ont donné leurs vacances, "la Grange", comme l’appellent affectueusement les élèves, blessée mais toujours debout, a pu accueillir ses 1300 élèves.

Jean-Louis Ablancourt