« Français qui vous plaignez – Vous avez la mémoire courte – En juin 1940, vous étiez dans les fossés – Aujourd’hui, grâce au Maréchal, vous êtes dans vos foyers – Alors, malgré les privations, ayez confiance ». Telle était la propagande du gouvernement de Vichy en 1940. Voici, en quelque sorte, reportée au Bassin, la chronique d’une période… presque ordinaire.

Pour illustrer ce propos, nous avons choisi de reproduire de larges extraits de l’allocution prononcée le 22 août 2019 par M. Rodulfo à l'occasion du 75ème anniversaire de la libération d'Arcachon organisé par la ville.
« J’ai rencontré ce matin un "Ancien". Il fête, aujourd'hui son 99ème anniversaire. Pour son 24ème anniversaire, le 22 août 1944, il était dans les rangs des FFI. Il a poursuivi les occupants en fuite jusqu’à Lamothe où a eu lieu la bataille mémorable du pont de Lamothe. Puis il est revenu avec d’autres copains à Arcachon en entrant par le chemin, qui depuis, s’appelle "avenue de la Libération".
Revenons à 1940. Après l’appel à la résistance du Général de Gaulle le 18 juin 1940 à Londres ; après la signature de l’armistice le 22 juin 1940 par le Maréchal Pétain, l’Allemagne nazie occupe la Gironde dès le 25 juin 1940.
Les premières troupes d’occupation investissent les communes du Bassin, pénètrent très discrètement à Arcachon mais l’envahissent sans vergogne. Les hôtels Victoria, Richelieu et De France sont réquisitionnés ainsi que les plus belles demeures de la ville d’Hiver. Dès lors, devant ce déploiement de force, les arcachonnais comme les français vont se résigner, accepter et baisser la tête devant l’envahisseur. Les mois puis les années s’écoulent. On se tait, on supporte les brimades, la misère et la faim, car on a peur.
Mais Arcachon reste un lieu de villégiature. Les occupants se mêlent aux touristes sur les terrasses et les plages. La vie s'écoule doucement. La guerre semble loin. Flâner sur la promenade, prendre un verre au Café de la Plage ou au Café Répetto, aller au Casino du Parc Mauresque, mais à l’arrière duquel, aussi, les arcachonnais cultivent leurs potagers à cause des restrictions alimentaires. Autour du bassin, ostréiculteurs, pêcheurs et résiniers poursuivent leurs activités professionnelles.
En août 1942, certains sont réquisitionnés dans la cadre du S.T.O. (Service du Travail Obligatoire) pour participer à la construction du Mur de l’Atlantique. Et comme ailleurs, en juil-let 1942, la préfecture de Bordeaux ordonne la rafle des juifs de toute la région. 1600 seront déportés à Drancy puis vers les camps de la mort, dont la famille Melemberg d’Arcachon. Certains collaborationnistes dénoncent juifs, communistes, résistants ou francs-maçons...
La Résistance. Arcachon a perdu sa liberté, le Bassin est prisonnier, mais dès juillet 1940, quelques-uns ne se résignent pas et décident de lutter. On écoute la BBC. Marie Bartette est l’égérie de la Résistance arcachonnaise. Sa mercerie "Au Bonheur des dames" devient le quartier général des premiers résistants : l'instituteur Robert Duchez, l’abbé Jean Brunet, les postiers Réaux et Lesclaux et André Perdrillat, 19 ans à peine.
Le "Front Souterrain" est créé. Ils rejoindront le réseau JOVE, oeuvrant dans le renseignement et les filières d'évasions. Au début ils se bornent à l'élaboration et à la diffusion de tracts anti allemands et à lacérer les affiches ennemies. Dans la nuit du 31 décembre 1940, 10 000 croix de Lorraine de papier sont répandues dans les rues d’Arcachon. Puis, de nouveaux membres sont recrutés. Fin septembre 1941, le Front Souterrain compte près de 150 hommes et femmes. Début 1942, le groupe de résistance s'étend sur tout le Bassin, sous le commandement du colonel Edouard de Luze. Son chef militaire est le capitaine Robert Duchez. Reconnu par Londres sous l’indicatif B.B.C. "La vie est belle!", le désormais bataillon d’Arcachon assure le renseignement, les faux papiers, le camouflage des réfractaires au S.T.O., le sauvetage des juifs, le franchissement des Pyrénées. D’avril 1943 à août 1944, l’équipe de Campet et Bazergue assure les parachutages et la récupération d’armes, explosifs et radios. D’autres groupes sabotent les pylônes EDF, les câbles téléphoniques et télégraphiques.

Bataille du pont de Lamothe

L’armée des ombres est en marche. Mais la Liberté a un prix. Les Allemands multiplient arrestations et déportations. Pierre Goupil, le sinistre agent 212, et Maurice Petiteau, deux de la gestapo bordelaise infiltrent et dénoncent le réseau d'Arcachon fin juin 44. Plusieurs membres du réseau seront arrêtés, torturés, interrogés par Friedrich Dhose, chef de la Gestapo. Marie Bartette est déportée à Dachau puis à Ravensbruck d’où elle est libérée par l’Armée Rouge le 30 avril 1945. Léon Cigarroa meurt d’épuisement, dans le wagon du dernier convoi du sud de la France vers Dachau. Jean Sensevin, François Campet, Lucien Pinneberg, Ambroise Lesueur, Pierre Levasseur, Jean Farges, Jacques Monod, Jean Dupuy-Parrot, Sully Melendes ne reviendront pas des camps d'extermination. De Luze, Duchez, Gauvin, De Gracia, Foulon, les frères Berger, Lanine, Neveu, Paris et bien d’autres, échappant à la rafle, poursuivent la lutte armée. Le bataillon Duchez libère Arcachon le 22 août 1944. Quelques allemands sont faits prisonniers et regroupés au Grand Hôtel. Les combattants poursuivront l’ennemi en retraite jusque sur le front du Médoc.
Il y a eu 75 ans, en cet été 1944, Arcachon vécut ce que d’autres villages français vécurent. Car si l’on avait pu dire que la vie s'écoulait doucement et que la guerre semblait loin, l’histoire s’est accélérée. Nombre de français volontaires rejoignent les armées françaises à l’étranger. Ils s’illustreront d’abord sur les théâtres d’opérations extérieurs avant que de libérer cette terre de France, si chère à leurs cœurs.
Où en était l'Armée Française ? En 1943, les divisions d’infanterie marocaine, algérienne ou coloniale, les spahis, goumiers, zouaves, tirailleurs et tous ces "indigènes maghrébins ou noirs" sont plus de la moitié des forces de l’Armée d’Afrique. Elles fusionnent avec les Forces Françaises Libres : Pieds-noirs, évadés de France, et Légion Etrangère, donnant naissance à l’Armée Française de la Libération comptant 410 000 hommes. Les troupes de Rommel sont combattues et vaincues.
Le Général Juin et son corps expéditionnaire français de 113 000 hommes, intégré à la 5ème armée américaine, débarque en Italie dès septembre1943. Les plus âpres combats se situent sur la ligne Gustav au nord de Naples. Le 13 mai 1944, les hommes du général Juin mènent la bataille du Monte Cassino et remportent la victoire du Garigliano, ouvrant les portes de Rome aux Alliés, qui y entrent peu après. Les Français prennent en-suite Sienne, puis Florence et retournent à Naples pour préparer le débarquement en Provence.
Le 6 Juin 44, les alliés débarquent en Normandie. Les 177 français du Commando Kieffer sont les seuls représentants de la France et les premiers à toucher le sol français à 7 h 32 sur la plage de Colleville, à l'ouest de Ouistreham.
Le 1er août 1944, La 2ème Division Blindée du Général Leclerc, forte de 14 000 hommes, aguerrie sur les durs combats d’Afrique du Nord, a rejoint l’Angleterre pour débarquer en Normandie le 1er août, avant de foncer et entrer dans Paris pour recevoir la reddition du général Von Choltitz le 25 août 44. Les 15 et 16 août 1944, débarquement en Provence. C’est l’opération "Dragoon". Avec la 7ème armée américaine, ce sont 260 000 hommes du 2ème Corps d’armée français ou Armée B, du général De Lattre de Tassigny, qui débarquent en Provence.
Rapidement, Toulon et Marseille sont libérées avant la fin Août. Remontée du Rhône en prenant Lyon le 3 septembre. Cette armée est alors officiellement nommée 1ère Armée. À l’automne, elle est renforcée par la fusion avec 137 000 hommes des Forces Françaises de l’Intérieur. Ce seront les Vosges et le Rhin, les victoires de Strasbourg et Colmar, la libération de l’Alsace, l’entrée en Allemagne jusqu’au Danube, la prise de Karlsruhe, Stuttgart et la Forêt Noire entre novembre 44 et avril 45.
Cette 1ère armée sera surnommée Rhin et Danube en raison de ses victoires, faisant plus de 250 000 prisonniers, neutralisant un nombre important d'ennemis. Mais elle perdra aussi près de 55 000 hommes, tués ou blessés au combat. Le général De Lattre de Tassigny représentera la France à Berlin, le 8 mai 1945, à la signature de la capitulation allemande.
Ils étaient français et, pour nombre d’entre eux, n’avaient pas 20 ans. Certains sont encore présents aujourd’hui, ici, parmi nous. Parmi tant d’autres, ils ont donné leur vie, leur jeunesse, Ils ont aussi permis d’être ce que nous sommes. Français et libres. Le Général de Gaulle a dit à leur sujet : "Si l’avenir s’ouvrait devant la France en 1945, c’est parce que les soldats de la Première Armée Française avaient combattu. Ne les oublions pas" ».