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Le Bureau

La France Mutualiste

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Avril 1965, l'escadron 3/30 Lorraine basé à Reims se déploie à Cazaux, pour sa campagne de tir annuelle. Durant un mois, ses Vautours 2N, vont tirer sur les cibles "Javelot" remorquées par un Vautour. La prise de la cible donnait alors lieu à un extraordinaire et dangereux spectacle !

Au préalable, "la ciblerie" , déroulait au sol 1200 m d'un câble qui se terminait par une grande boucle que l'on suspendait à des "poteaux de rugby". L'avion remorqueur devait alors accrocher le sommet de la boucle à l'aide d'une crosse d'appontage et monter cabré à 45°, pendu aux réacteurs.

La manœuvre se faisait à vitesse très réduite car trop vite et/ou trop bas, le câble brûlait par frottement. Quand le câble était brûlé, ça ne se voyait pas toujours dans l'instant : la cible montait quand même... mais arrivée au plus haut, elle piquait vers le sol ! Nous n'avons pas eu d'accident ! Mais chapeau "les cochers" !

Ravitailleur au 3/30, j'avais donc pour mission d'assurer l'approvisionnement des rechanges que je stockais dans une remorque Déplirex (fabrication allemande en dommages de guerre… du costaud ! ) La "Déplirex" se déplace donc à Cazaux. Accrochée à un "Réo", tracteur monstre américain, piloté par un Basque qui a
tout vu et tout fait, nous descendons vers le sud. Vers 9 heures du soir, nous sommes en face d'Amboise dans un crachin assez épais. Les très mauvais phares éclairent à peine, le jeu dans la direction est important, on zigzague un peu, lorsque nous croisons un autre semi. Les moyeux de roues avant du Réo dépassant hors tout, c'est avec le gauche que l'on touche le semi-remorque "d'Entier" : c'est son nom ! Nous partons en zigzag, on ripe sur le semi et allons nous écraser,  à gauche, contre le mur de la digue de la Loire. Le feu se déclare. Je saute de "la haut" (outre les immenses réservoirs d'essence, nous avions 4 jerricans  supplémentaires !) le tracteur est indemne d'apparence, mais tout ce qui est transmission est explosé et git sur la route. La bitte d'attelage de la remorque s'est cisaillée et la remorque est rentrée dans le tracteur. Le châssis de ce dernier n'a pas bougé d'un centimètre. Par contre le col de cygne de la remorque aux dimensions impressionnantes s'est plié sous le choc. Je saute donc et cours voir le camion adverse. Voyant l'état de la cabine j'ai dû dire que le chauffeur était mort et là, j'ai entendu « Non, je suis là !» Il était debout sur la digue. Sa remorque chargée de sel avait quitté le châssis et avait été drossée et déposée  presque au sommet de la digue. Inutile de décrire mon soulagement ! Et là, je sens quelque chose de chaud me couler sur la figure : je suis en sang ! Que s’était-il passé ?

Ma tête était rentrée dans le pare-brise car il n’y avait pas de ceinture à cette époque. Mais le pare-brise était américain ! Le verre "sécurit" s’est brisé mais est resté collé comme avec du chewing-gum. J’avais enfoncé le pare-brise avec mon front. Des années après, il m’est arrivé d’extraire des particules qui remontaient
à la surface ! Mais là, j’ai réalisé que Dieu pouvait se passer de moi ce jour là, car j’avais trois fois échappé à la mort, d'une part, par l’accident lui-même car le "Réo" avait résisté à la poussée de la remorque qui aurait dû nous écraser. Les réservoirs n'avaient pas explosé et, dans la journée, pour tempérer la chaleur du moteur, j’avais ouvert le pare-brise à l'aide d'une vis-tige de 7 à 8 cm. Le soir venu, je l’avais resserrée, mais pas à fond ! Ce qui a permis au pare-brise de s’entrouvrir sous le choc. L’empreinte de ma tête sur le pare-brise, révélait que ma tête était passée juste à coté de la tige de la manette… dirigée vers mon
front !

Secourus par la Base de Tours, j’ai dû y dormir d’un sommeil agité, surtout lorsqu’un noctambule rentrant très tôt au matin, tapa dans une boîte qui devait traîner dans le couloir : réveillé en sursaut, j'ai cru revivre l'accident !

La Nationale est restée bloquée jusqu'au lendemain soir. J'ai vu Monsieur Entier, le père du chauffeur qui se félicitait de ne pas avoir eu un tracteur "cabine avancée", car, me disait-il : « Mon fils ne serait plus là ! ». Son tracteur était un "Bernard" avec le moteur, donc très en avant de la cabine, ce qui a protégé son fils.

Le lendemain, au mess, ma tête lézardée de traits sanguinolents fait impression. je remonte sur les lieux de l'accident avec les mécanos des ateliers pour prélever la bitte d'attelage cisaillée afin d'en faire une autre afin de ramener la "Déplirex" et dégager la route. Pour remorquer le Réo, nous avons 2 camions, un
"Diamond", équipé d'une grue à l'arrière où pend le "Réo" et un "GMC" dans lequel j'ai pris place. Le "Réo" pèse tellement que les roues avant du "Diamond" ont tendance à se soulever ! Il va falloir monter "La Tranchée" : longue côte abrupte entre la Loire et Saint Symphorien. Si le "Diamond" recule, le "GMC" sera là pour le retenir ! Là, ça s'est bien passé ! Par contre, avant d'y arriver et suite à une averse impressionnante, le "Diamond" n'a pas négocié un virage à droite saturé d'eau et est allé tout droit, aplatir légèrement une "Aronde" contre la digue de la Loire ! Constat sans perdre de temps car les gendarmes de la Base nous accompagnent ! De retour à la Base, on se met en demeure de trouver un métal conforme. C'est Saint-Pierre-des-Corps qui nous donnera un morceau de rail de chemin de fer que j'aiderai à tourner tard dans la nuit, car il faut refroidir l'outil, ce à quoi je m'emploie. Qu'était devenu le chauffeur ? Il était indemne.

Trois jours après l'accident, après avoir reçu le réconfort de mon officier mécano, on a raccroché la "Déplirex" à un autre "Réo" et je suis reparti vers Cazaux avec un autre chauffeur. J'ai eu la "pétoche" tout au long de la route.

À l'intérieur de la remorque le matériel n'avait pas trop souffert !

Ma famille est restée tout le mois à La Hume. Quelle joie se fut : vu de Reims « y a pas photo ! »

Dès lors, le Bassin nous avait inoculé son virus, mais nous avons dû attendre 1979 pour y rester.

Georges Billa