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Nous recherchons un volontaire adhérent de l'Amicale pour assurer la fonction de correspondant sur la CUB et contact avec les bases de Bordeaux.

Cartes de vœux

Evolution des cartes de vœux de l’AAAG

L’AAAG envisage de changer la présentation de ses cartes de vœux et pense qu’il serait sympa de faire appel à l’imagination de tous afin de trouver la ou les meilleures idées, voire la plus originale…

Alors, à vos crayons, photos, peintures…

Vous avez jusqu’à la fin octobre pour nous faire parvenir votre projet…

La France Mutualiste

Prochaine permanence de France Mutualiste à l'Amicale mardi 2 novembre 2021.
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Ma première "Opération"

La guerre d'Algérie a duré de la Toussaint 1954 jusqu'à l'indépendance de l'Algérie en juillet 1962. Mais le "cessez le feu" du 19 mars 1962 n'ayant pas donné lieu à la fin des combats, les morts des Forces Françaises et surtout des Harkis ont pu se compter jusqu'en 1964.
Des combats se sont également déroulés en Tunisie et au Maroc jusqu'à l'indépendance de ces deux pays, mais aussi, parfois, bien après… à l'exemple des émeutes de Meknès et de Bizerte.
Au Maroc, après une période de tension, les émeutes suivies des opérations de sécurité ont débuté le 20 août 1955. Arrivé sur la base de Meknès en novembre 1954, déjà moniteur de chasse (sous-chef de patrouille) après un court passage au 5ème escadron d'entraînement des moniteurs, j'étais affecté au 4ème escadron.
Fin juillet revenu de permission en Oranie, j'étais sous les ordres du capitaine Rajau au 1er escadron, les quatre autres escadrons comme une grande partie de la Base étaient en permission.
Des heurts avaient eu lieu dans la ville de Moulay-Idriss : on sentait la pression monter. Le capitaine Rajau que j'avais connu comme commandant d'escadrille à la première escadre me fit désigner comme PGA (Poste de Guidage Avancé) auprès du Groupement d'Intervention numéro 2 (GMI 2). Je fus ainsi auprès de mes camarades de l'Armée de Terre le 19 août pour une intervention aérienne fictive sur la route de Fès. Tout se passa bien et j'étais de retour à la Base en début d'après midi.
Tard dans la soirée, il me fut ordonné de rejoindre le GMI le lendemain matin tôt à El Hajeb pour effectuer une manœuvre d'intimidation lors d'un "souk" sur la route de Khénifra. Je rejoignis donc une compagnie de la Légion avec mon chauffeur et deux radios. Nous avions aussi une Jeep radio avec remorque dotée d'un groupe électrogène.
Arrivé au "souk", déploiement de la compagnie de la Légion puis arrivée d'une patrouille de Vampires pour effectuer des passes fictives. Durant celles-ci le capitaine commandant la compagnie de la Légion m'avertit que la situation se dégradait sérieusement à Khénifra : « Continue avec les avions, nous, nous partons tout de suite » me dit-il.
Pris d'un doute après une ou deux attaques fictives, je préviens le chef de patrouille de ce qui se passe et lui demande d'aller voir. Après avoir plié bagages, nous partons sur les traces de nos camarades légionnaires et les ayant rejoints, je décide de m'intercaler au milieu de la colonne.
Quelques minutes après, la patrouille de Vampires fait sur nous un passage à très basse altitude. Ayant compris qu'il y avait un message à recevoir, mes hommes et moi nous nous arrêtons pour mettre en route la radio ; puis j'arrête le dernier véhicule de légion qui avait une antenne :
« Avez-vous la liaison avec le capitaine ? – Oui, mon lieutenant – Restez avec moi »...
Le chef de patrouille dès contact radio établi m'annonce : « Des émeutiers fortement armés sont aux portes de la ville européenne, dépêchez-vous ». Je retransmets aussitôt le message.
Peu après, aux portes de Khénifra le commandant de compagnie donne l'ordre d'engager les mitrailleuses. Nous encerclons la Médina et je place mon PGA sur une hauteur. Dans la soirée, le reste du GMI 2 nous rejoint : il y a là des éléments d'un régiment de Spahis sur auto-mitrailleuse Panhard, des Tirailleurs Marocains et un État-major aux ordres du colonel commandant le 12ème Régiment de Chasseurs d'Afrique.
Nous sommes nous-mêmes encerclés par des cavaliers Zayans dont certaines tribus étaient encore insoumises en 1933.
Le commandement Air au Maroc m'envoie des Vampires armés mais culasse à l'avant pour intimidation alors que je réclame une intervention armée. Le téléphone fonctionne encore. J'appelle les Ops d'Air Maroc et demande si on se moque de moi.
Le lendemain une intervention est programmée, mais l'Armée de l'Air n'a plus tiré au Maroc depuis la guerre du Rif (1925-26) et le colonel P... commandant la base de Meknès veut être là. Une patrouille de 4 Vampires armés d'obus inertes, aux mains de 4 officiers dont 2 qui ont dû être rappelés de permission, doit intervenir.
Le PGA volant me contacte et j'entends ceci : « Où sont-ils ces fameux cavaliers ? », Je lève les yeux et voit très haut dans le ciel l'avion qui doit guider l'intervention, « -A quelle altitude êtes-vous ? – 3000 mètres – Si vous descendiez vers 1000 mètres vous les verriez ! »
Les Vampires arrivent et doivent tirer au plus près mais pas sur les cavaliers Zayans. Heureusement le n° 4 , un "chibani" de la guerre d'Indochine, tire vraiment plus près et les chevaux s'emballent… Il y a pas mal de victimes.
Afin de renforcer notre dispositif, le grand commandement au Maroc décide de parachuter sur notre position des éléments du Régiment des Tirailleurs Sénégalais de Marrakech à l'aide de "JU 52" de la base 707. Cela fut exécuté tard le soir ! Nous avons pu récupérer environ 1/3 des parachutés au moment où la
nuit tombait. Les autres Africains, redoutant la nuit, car encore très animistes à l'époque, se sont terrés et cachés dans des buissons jusqu'au petit matin où nous les avons retrouvés en totalité.
Un soir, je suis prévenu qu'à la nuit tombée, j'aurai à accueillir, sans contact radio, un hélicoptère Bell pour évacuation sanitaire. En guise de Drop Zone, je dispose donc 4 véhicules pour former un carré éclairé par les phares. Le pilote ne la verra pas et ira se poser à quelques centaines de mètres de là. Je l'ai rejoints et nous avons décollé pour la zone balisée : ce fut mon premier vol en hélicoptère !
Après plusieurs interventions, l'Aman (Trêve) est accordé. Normalement tout est fini, Cependant peu après j'aperçois un indigène qui en se cachant au fond d'un oued à sec se dirige vers la ville européenne. Je fais tirer sur lui non seulement un de mes radios mais aussi le chauffeur marocain qui est près du PGA avec un "poste 300" pour la liaison avec le PC. Le rebelle est entouré de plusieurs rafales mais il continue à avancer sur la route après s'être retourné.
Je fais le tour de la hauteur où je suis stationné et pistolet au poing je le fais prisonnier. Des légionnaires arrivent, mais dès que l'individu les voit il refuse d'avancer… C'est là que j'ai vu le plus beau et le plus puissant "coup de pied au cul" de ma vie. L'homme était drogué au "kif" et muni d'un grand couteau à égorger les moutons, très affûté, allait en zone européenne pour assassiner quelqu'un. Ce couteau m'a été remis par le lieutenant B... commandant une des sections de la compagnie de la Légion ; lors d'un de mes nombreux déménagements j'ai perdu cette "arme".
Peu de temps après, le lieutenant B... avec un chauffeur arrive pour me voir sur mon piton et me dit : « On va prendre un pot au quartier » et décide de passer par la médina, lui au volant, moi à droite dans la jeep et un légionnaire avec son PM (Pistolet Mitrailleur) en place arrière. Bien que l'arrêt des hostilités ait été proclamé, il y a, sur la Grand Place, de nombreux hommes en armes, nous passons à quelques mètres d'eux et l'ancien de Dîen Bîen Phu s'affole un peu et accélère très fort... Je vois arriver un virage à 90° à l'approche de l'oued… « Calme toi, on va se planter ! » Il ralentit… dans le virage, un fût de 200 litres d'huile a été répandu… Ouf on est passé ! Au même endroit la veille un jeune soldat sur l'aile d'une AML est tombé après avoir été blessé, son corps a été retrouvé calciné.
Au "foyer" le capitaine est là et me demande : « Que veux-tu boire ? – un Perrier ! – Alors tu crois, dit Monsieur Kronenbourg que je vais te payer de l'eau ? – C'est moi qui vous offre un verre, dis-je – Tu crois aussi pouvoir payer chez moi ?... ». Monsieur Kronenbourg, c'est le capitaine S…. commandant la 1ère Compagnie Portée du 4ème Régiment Étranger d'Infanterie !
Durant les jours suivants, les opérations ont continué. J'ai eu régulièrement des avions armés qui ont fait leur travail et au bout de quelques jours j'ai été relevé par un camarade.
En arrivant (par avion) sur la Base, je vais me présenter chez le colonel. Il n'est pas là. Je rentre chez moi puis je prends la décision d'aller voir le capitaine Rajau. Dès mon arrivée il me demande si j'ai vu le colonel. Ma réponse négative le rassure, puis il me demande de tout lui raconter.
Nous partons sur la Base voir le "grand chef" : je ne dois pas répondre aux questions, c'est lui qui répondra car il plane au dessus de ma tête une demande de tribunal militaire pour insubordination. Face au colonel tout se passe comme prévu, le capitaine Rajau répondant aux questions..., on ne parla plus de tribunal
militaire.
Quelques semaines plus tard, il me fut communiqué le contenu des notes qui me furent attribuées par le colonel commandant le GMI2 (la valeur militaire, déco pour remplacer la croix de guerre, ne fut crée qu'en 1956). Ces notes furent mises à la poubelle à la BA 708 de Meknès et donc non insérées aux
miennes. Ce n'est que trois ans plus tard que, grâce au commandant de la 13ème escadre, elles réintégrèrent mon livret de notes.
Ce séjour aux environs de Khénifra m'a permis de découvrir la camaraderie et l'estime interarmes, mais surtout l'amitié et le respect des légionnaires, en particulier de quelqu'un qui m'a marqué jusqu'à ce jour : le lieutenant Henri Bonnet, ancien de Dîen Bîen Phu et de la Longue Marche (dans les camps de la mort du Viet Min) après trois séjours en Indochine.
Durant les opérations au Maroc je suis reparti en PGA dans les montagnes du Rif en octobre 1955… mais cela est une autre histoire…

André Boisnaud