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Cartes de vœux

Evolution des cartes de vœux de l’AAAG

L’AAAG envisage de changer la présentation de ses cartes de vœux et pense qu’il serait sympa de faire appel à l’imagination de tous afin de trouver la ou les meilleures idées, voire la plus originale…

Alors, à vos crayons, photos, peintures…

Vous avez jusqu’à la fin octobre pour nous faire parvenir votre projet…

Fermeture de l'Amicale

Pour cet été l'Amicale est fermée du vendredi 9 juillet 2021 au lundi 23 août 2021.

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Le Bureau

La France Mutualiste

Prochaine permanence de France Mutualiste à l'Amicale mardi 6 juillet 2021.
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Le 4 avril 2016 avait lieu sur la BA 106 de Mérignac une conférence donnée par le général (Terre) D. Caussou, sur la légende napoléonienne. Près de 95 membres, conjoints et amis de l'Association des Anciens Élèves de l'École de l'Air (AEA) avaient assisté à cette conférence organisée par le général Daniel Bastien à qui nous en devons la restitution dans "Le Piège" N°225 du 3ème trimestre 2016. Merci, mon général d'avoir bien voulu nous permettre d'insérer dans nos colonnes de très larges extraits de votre article relatant cette conférence de très haute volée. (LR)

En préambule, le conférencier s’est attaché à souligner, nombreux exemples à l’appui, le paradoxe selon lequel la légende napoléonienne est encore très vive dans nombre de pays, alors qu’elle a quasiment déserté le nôtre. La question était de savoir comment nous en étions arrivés là.
Avant d’y répondre le conférencier est revenu sur trois des principaux épisodes qui ont le plus participé à conforter la légende :
1840 Retour des cendres.
1848 Retour au pouvoir d’un Bonaparte.
1870 Jusqu'à cette date, le peuple français a admiré l’œuvre napoléonienne puis a, par la suite, tout fait pour l’oublier.

La Légende.

1815 Retour de l’île d’Elbe.

Si, après la défaite de Waterloo, la majorité des Français apprécie une paix enfin revenue, l’exil forcé de l’Empereur décontenance une partie de la population, les plus humbles notamment, qui voient en Louis XVIII un regrettable retour en arrière… comme si la révolution n’avait servi à rien. Napoléon, alors âgé de 45 ans, qui avait dicté sa loi à toute l’Europe, se trouve un peu à l’étroit sur l’île d’Elbe. Il s’est convaincu que « le pays l’attend ».
Il réussit le tour de force de déjouer la surveillance dont il fait l’objet pour quitter l’île, et débarquer à Golfe-Juan. Sa conduite tient en trois points : aller vite, contourner les obstacles, et surtout ne pas faire feu. Au départ, tous ceux qui voient arriver Napoléon sont stupéfaits.
La population, passés les premiers moments de surprise, acclame cette légende vivante qui a réussi à débarquer et qui, c’est certain, va rabaisser leur caquet aux nobles et aux membres du clergé ! Quand Napoléon atteint Digne, le 4 mars 1815, c’est du délire. À Sisteron, il est porté en triomphe. La ferveur populaire
est à son comble. Pour la suite de ce périple, l’effet de surprise aura disparu. Les comportements vont toutefois être assez tranchés : la population va donner libre cours à l’enthousiasme, mais les autorités militaires, incrédules elles aussi mais disciplinées, ont reçu des ordres pour l’arrêter et sont résolues à obéir.
Mais au col de Laffrey, peu avant Grenoble, Napoléon, seul, face au 5e de ligne du général Marchand, venu l’arrêter, leur dit :
« Soldats du 5e ; je suis votre empereur, reconnaissez-moi ! S’il en est un parmi vous qui veuille tuer son empereur, il peut le faire, me voilà. »

Napoléon retour de l’île d’Elbe au col de Laffrey. (Wikipédia)

Le panache du geste a raison de la retenue disciplinaire… Instantanément, la troupe le porte en triomphe. La première unité constituée qui a été portée au-devant de l’empereur pour l’arrêter, se rallie. Il en sera de même pour les suivantes.

Appel au maréchal Ney

Louis XVIII comprend que seul le maréchal Ney, rappelé au service, est en mesure d’enrayer l’hémorragie de la troupe. Ney promet d’ailleurs au roi de ramener Napoléon « dans une cage de fer ». Mais, rapidement, il comprend que s’il demandait à la troupe d’ouvrir le feu sur "le petit caporal", elle ne le suivrait pas. Aussi, le 14 mars, à Auxerre, Ney rallie-t-il Napoléon.
La route de Paris est donc ouverte et, désormais, les choses vont très vite. Napoléon, apprenant la fuite du roi, brûle les étapes. Quand, le 21 mars, il se présente vers 21h00 aux Tuileries, c’est une bousculade indescriptible.
Napoléon vient assurément de remporter sa plus belle campagne. Son projet, considéré comme fou par tout autre que par lui, s’est déroulé comme prévu. Il est même à Paris avec 10 jours d’avance, il n’a pas tiré un seul coup de feu, et il a rallié toute la population d’un pays qu’il avait quitté en vaincu et en proscrit.
Mais il n’était pas tout à fait seul ; le peuple était avec lui et sa légende le précédait partout. Légende qui remonte au siège de Toulon en 1793 où un jeune capitaine convainc les responsables politiques que la façon de faire de son général est inefficace et que lui, en revanche, sait ce qu’il faut faire… et le prouve.
Cette légende a, ce qui n’était pas prévu, laissé les Invalides accessibles pendant 8 jours après la cérémonie du retour des Cendres de Sainte Hélène : s’y pressent plus de 200 000 personnes par jour ! Ce qui fait apparaître, encore une fois, un fossé entre le peuple et les élites !

1848 Retour au pouvoir d’un Bonaparte.

Ce retour des cendres va, en fait, raviver la légende et contribuera pour partie à un événement tout à fait surprenant : l’élection d’un inconnu, Louis-Napoléon Bonaparte (le futur Napoléon III), à la présidence de la République, et le retour de l’Empire.
Depuis la mort de l’Aiglon en 1832, Louis-Napoléon se considère comme l’héritier de l’empereur. Après une période d’exil en Angleterre, élu à l’Assemblée, piètre orateur, il s’exprime peu et prend rarement part aux votes.
La "Napoléon mania" se développe dans le pays. Après la révolution de février 1848, qui met fin à la monarchie de Juillet, les élections présidentielles se  profilent. La classe politique fait l’impossible pour lui interdire l’accès à la présidence ; mais il se déclare candidat et est élu triomphalement… sur son seul nom !
En 1851, Louis-Napoléon arrive au terme de son mandat et il faudrait une révision de la constitution pour qu’il puisse prétendre à un second mandat. Pour cela, il lui faudrait les 2/3 des voix du Parlement, ce qui est quasiment impossible. Et pourtant, cette révision sera ratifiée par la rue à une très forte majorité.
Le peuple a court-circuité les élites ; la légende est à son sommet. Un an plus tard, à la suite d’un autre plébiscite, le second Empire est établi, et Louis-Napoléon devient Napoléon III, empereur des Français.

L’anti-légende

À travers ces trois pages d’histoire, le conférencier a démontré la force exceptionnelle du phénomène, son impact sur la vie politique au XIXe siècle et sa durée étonnante. On a pu aussi assister à un divorce entre l’immensité de la population, cette dernière ne se retrouvant pas dans la légende ; elle se sent même victime de la légende qui lui a imposé le retour de l’île d’Elbe, le retour des cendres et le retour de l’Empire.
1870 La classe dirigeante retrouve le pouvoir. Elle va tout faire pour que cela ne se reproduise plus. L’anti-légende va dès lors se développer et aussi se nourrir de deux pages tragiques de notre histoire : la Grande Guerre et la Seconde Guerre Mondiale.

L’après 1870.

La classe dirigeante, qui avait été court-circuitée par le peuple, décide que les familles "ayant régné sur la France" seront condamnées à l’exil1. Le suffrage universel sera conservé dans son principe mais le chef de l’État, lui, sera élu par les Chambres2. Le recours au référendum3 sera considéré comme suspect
puisque Napoléon Ier, comme Napoléon III, y a eu recours pour asseoir sa légitimité.
Mais, au-delà de ces mesures défensives, on passera à l’offensive, et c’est à la légende elle-même qu’on s’en prendra. La légende, par nature, fait la part belle au "positif" de l’homme ; désormais, on s’attachera à réduire Napoléon à la dimension d’un "capitaine heureux" à qui on imputera d’ailleurs la responsabilité exclusive des guerres post révolutionnaires.

L’après Grande Guerre.

La IIIe République, à travers la guerre 1914-1918, se trouve associée à la plus grande catastrophe démographique de notre histoire4. Certains estimeront utile, pour l’éducation des masses, de noircir le bilan et la responsabilité de Napoléon. Dorénavant, les Français, marqués par les horreurs de la guerre, porteront un regard plus sévère et moins romantique vers l’empereur. L’image, désormais imposée, est celle d’un Napoléon "boucher de l’Europe", qui aurait porté, lui aussi, un coup majeur à la démographie française.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

La légende va subir les effets négatifs dus à l’émergence d’un nouveau regard sur l’histoire. N’en sommes-nous pas arrivés (les médias, certains intellectuels et la classe politique aidant) à considérer comme suspect tout ce qui pourrait être prétexte à la fierté nationale. C’est, aussi, l’émergence d’une sensibilité politique
qui considère comme suspecte l’idée même d’un homme providentiel. Dans tous les cas, tout ce qui est à consonance napoléonienne est donc à rejeter. Pour arranger le tout, le temps consacré à l’enseignement de cette période de l’histoire, dans nos écoles, a été et continue d’être régulièrement raboté.
En ce début de XXIe siècle, dans notre pays tout au moins, la légende napoléonienne a vécu…
Cette conférence a permis aux auditeurs de comprendre comment, en l’espace de quelques générations, alors que peu d’hommes dans l’histoire de l’Humanité ont suscité autant d’admiration que Napoléon, à qui notre pays doit une multitude d’institutions qui se sont imposées à ses successeurs et qui, aujourd’hui encore, assurent, pour l’essentiel, la pérennité de l’État5, on soit passé d’une légende napoléonienne bien ancrée dans la population, à une anti-légende carrément institutionnalisée.

1 Le général de Gaulle, après la Seconde Guerre mondiale, mettra un terme à une telle exclusion.
2 Le général de Gaulle en 1962, rendra au chef de l’État la légitimité du suffrage universel.
3 Le général de Gaulle rendra ses lettres de noblesse à la pratique du référendum.
4 Près de 1,7 million de morts et plus de 4,2 millions de blessés pour une population de 39,6 millions.
5 Mais, chez les plus jeunes notamment, qui le sait ?

Daniel Bastien