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Loto du samedi 11 décembre 2021

Venez nombreux le samedi 11 décembre 2021 à la salle des fêtes de Cazaux. Ouverture des portes à 19 heures. Nombreux lots.

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Le 26 juillet 1994, le général Christophe Gomart arrive à Goma, (Zaïre) ville frontière avec le Rwanda, où, en qualité d'officier de presse, il sera le point de liaison entre l'Armée française et les journalistes pour lesquels dit-il, « je serai le référent, l'organisateur, l'interlocuteur et le premier destinataire de leurs nombreuses questions ».
Voici, extrait de son livre "Soldat de l'ombre", ce qu'il a vu et constaté dans ce tragique et horrible génocide qui avait débuté le 6 avril 1994 et pour lequel l'Armée française est accusée de collaboration voire de participation aux massacres. Un grand merci mon général, pour nous autoriser à éditer des extraits du chapitre concerné.

(LR)

« Le PC de l'opération Turquoise a été déployé pour éviter une installation au cœur du Rwanda. Le rôle de Turquoise, conduite par la France dans le cadre de la résolution 929 des Nations Unies consiste à faire cesser les massacres en respectant la neutralité entre les belligérants, notamment en créant une zone humanitaire sûre. Les Rwandais menacés s'y trouveraient en sécurité, de même que les ONG en mesure d'œuvrer dans des conditions sécuritaires acceptables. Il s'agissait aussi de favoriser la reprise d'un dialogue entre factions.
Le dernier génocide du XXe siècle a débuté le 6 avril 1994 après la destruction en vol du Falcon 50 des présidents rwandais et burundais par des hommes servant les intérêts du Front Patriotique Rwandais (FPR) de Paul Kagame. Je n'ignore pas que cette version est contestée par les vainqueurs de la guerre civile, mais je considère que, sur ce point, leurs arguments ne sont pas recevables. Cet événement sera l'élément déclencheur du massacre de la population tutsie par les extrémistes hutus. La France lance alors l'opération Amaryllis du 8 au 13 avril pour évacuer ses ressortissants et, devant l'ampleur des massacres, elle engage l'opération Turquoise le 22 juin…
Ancienne colonie allemande de 1885 à 1918, puis belge après la Première Guerre mondiale, le Rwanda est indépendant depuis 1961. La classe dirigeante jusqu'à cette date était issue de l'ethnie Tutsi mais les élections qui ont suivi la décolonisation ont porté au pouvoir les Hutus majoritaires (80% de la population). Les Tutsis réfugiés en Ouganda ou en Tanzanie n'ont eu de cesse de revenir au pouvoir, s'appuyant sur ces deux pays. Ainsi, Paul Kagame président du Rwanda, est l'ancien directeur du renseignement militaire ougandais.
Arrivé sur place, je retrouve des camarades du COS. Ils sont deux cents environ. Leur mission est terminée. Les premiers sur place le 23 juin, sous le commandement du colonel Jacques Rosier, sont sur le départ. Je vais passer avec quelques-uns d'entre eux une soirée au cours de laquelle ils me parleront de leurs actions durant les événements. Je revois ainsi une équipe de recherche du 13ème Régiment des Dragons Parachutistes (RDP) dont le chef, Jérôme, est un ami. Leur mission consistait à mener des reconnaissances, des investigations dans la région qui deviendra le 6 juillet la Zone Humanitaire Sûre (ZHS). Certains d'entre eux ont sauvé des Tutsis d'un assassinat par les milices interahamwe qu'ils ont affrontées, d'autres ont bravé des hommes du FPR qui cherchaient à s'infiltrer dans cette ZHS pour en découdre avec les Français. Mes camarades n'ont à s'excuser de rien, j'en suis intimement convaincu. Ils ont rempli leur mission et n'ont pas à en rougir.
Au sein de la cellule de communication Turquoise, notre rôle visait à permettre aux journalistes de constater les opérations de l'Armée française au quotidien. Ma liberté d'action était grande. Au service des journalistes, je bénéficiais sans difficulté de la mise à disposition d'un ou deux hélicoptères Puma par le détachement de l'ALAT. Lors du briefing à la presse, chaque jour en fin de journée, je proposais aux médias qui le souhaitaient de les conduire le lendemain sur tel ou tel point du territoire. J'appelais les états-majors des différents groupements déployés sur le terrain à Cyangugu, à Kibuye ou à Gikongoro pour savoir si je pouvais leur rendre visite dans leur zone, accompagné par "mes " journalistes, afin que ceux-ci voient des positions tenues par les différents détachements, rencontrer des soldats, recevoir un briefing sur la situation. C'est ainsi qu'ils auront l'occasion à plusieurs reprises de s'entretenir avec les trois commandants de groupement, le lieutenant-colonel Jacques Hogard à Cyangugu, le colonel Patrice Sartre à Kibuye et le lieutenant-colonel Erik de Stabenrath à Gikongoro. N'ayant en général pas suffisamment de places pour emmener tous les volontaires, je constituais des pools c’est-à-dire une équipe de télévision, un ou deux journalistes radio et un ou deux journalistes de presse écrite. Charge aux heureux élus de s'entendre avec ceux qui ne venaient pas pour ensuite leur donner du son, des images ou des descriptions de ce qu'ils avaient vu afin que chacun dispose du même niveau d'information.
En survolant le Rwanda avec la presse, ou en le sillonnant en P4, j'avais du mal à réaliser que des Rwandais s'étaient entretués quelques semaines auparavant. Je n'ai pas été le témoin des atrocités qui s'y sont déroulées. Je peux témoigner des églises en partie brûlées dans lesquelles avaient été enfermés des Hutus considérés comme trop modérés, mais surtout des Tutsis, cette ethnie minoritaire victime des milices extrémistes hutus interahamwe. Au moment où je m'y suis trouvé, tout semblait calme dans ces paysages apaisants. Pourtant, des carnages insoutenables avaient eu lieu ici même. Ces églises, sur les murs desquelles se voyaient parfaitement des traces de feu qui avait brûlé vifs ou asphyxiés les malheureux qui s'y trouvaient, n'étaient pas sans rappeler ce qui s'était passé à Oradour-sur-Glane en 1944. Au Rwanda, l'odeur nauséabonde et écœurantes des corps brûlées se sentait encore. Moment d'émotion terrible qui ne donnait que plus de justification à la présence de l'opération Turquoise et des forces françaises, accompagnées par des forces africaines qui constitueront ensuite la force MINUAR II déployée par l'ONU le 22 août.
Au Rwanda, ma confrontation personnelle à la mort est liée à l'épidémie de choléra survenue à compter du 22 juillet, quelques jours avant mon arrivée. Si le nombre de décès dus à cette épidémie était impressionnant, il n'était pas de même nature que 1es massacres qui avaient eu lieu. J'aurai à plusieurs reprises l'occasion d'assister à des interventions chirurgicales menées par les spécialistes de l'antenne chirurgicale parachutiste sur plusieurs personnes, dont de jeunes enfants blessés par des coups de machette. À Goma, j'ai vu passer tant de réfugiés, pauvres hères qui n'emportaient avec eux que quelques frusques roulées dans une natte, beaucoup d'enfants, de nombreuses femmes, des bébés accrochés le dos de leur mère, et des hommes. Étaient-ils des Victimes ou avaient-ils été des bourreaux ? Impossible à savoir… En cette période d'épidémie, nombreux étaient les journalistes venus demander une ration militaire, plus sûre que la nourriture locale.
En quittant Goma, le 24 août, deux jours après la fin de l'opération Turquoise, je suis reparti satisfait d'avoir contribué à présenter les soldats français engagés dans cette opération Turquoise sous leur véritable jour. Rien n'avait été caché aux journalistes. Je leur avais montré ce qu'ils souhaitaient voir, ils avaient pu rencontrer tous les interlocuteurs qu'ils voulaient. Quand les polémiques sont arrivées peu de temps après de la part de ceux-là mêmes que nous avions aidés sur le terrain, ouvertement et avec tous les moyens disponibles, j'en suis resté abasourdi et meurtri.
Accuser la France, l'Armée française, ses forces spéciales, d'avoir aidé les génocidaires, de les avoir armés, voire d'avoir directement participé au génocide, est une vaste tromperie. J'ose le mot : une tricherie intellectuelle. Étaient-ils encore des journalistes chargés d'informer à partir de faits tangibles, ou étaient-ils passés avec plume et micro dans le camp des agents d'influence ? Quand on me demande aujourd'hui si la France a bien fait d'intervenir, seule parmi les Grandes Puissances, je n'ai pas la moindre hésitation. Je réponds oui car l'action de notre pays, celle des soldats français, a permis de sauver de nombreuses vie humaines. Les calomnies des propagandistes n'y changeront rien ».

"Soldat de l'ombre", au cœur des Forces Spéciales, du général (GCA 2S) Christophe Gomart, avec Jean Guisnel. Chez Tallandier.