Hubert Germain, était le dernier survivant des Compagnons de la Libération.

Il nous a quittés le 12 octobre 2021.

« Cet homme enthousiaste, passionné qui ne doutait pas lorsque le devoir l'appelait. Le premier devoir, ce n'était pas d'être Français, mais de se battre pour la France ».

(Marc Menant)

Né le 6 août 1920 à Paris, fils d'un général des troupes coloniales, l'ancien colosse de 1m 90 âgé de près de 101 ans a fini ses jours en fauteuil roulant dans sa chambre médicalisée des Invalides, considéré par tous comme Le VIP des Invalides.
Maxime Germain, le père d'Hubert, général d'armée, était issu d'une famille de paysans pauvres.
Ayant réussit Polytechnique, il choisit l'Armée. Il y fera carrière dans "la Coloniale". Héros d'Hubert jusqu'à son dernier souffle, le fils va donc suivre ce père galonné au gré des mutations qu'impose le métier. Il y découvrira d'autres pays, d'autres peuples. Ce père qui lui apprend la boussole, les étoiles, et tout ce qui peut servir dans une vie militaire, lui imposera la discipline (car plus ou moins bien consentie, le gamin n'étant pas dénué de caractère !) et lui met dans la tête :
« Un jour, toi aussi tu feras la guerre ! »
C'est à 19 ans qu'il entend le discours du Maréchal Pétain invitant les Français à déposer les armes. Or son père est fidèle au Maréchal. Chef de Cabinet lorsque Pétain était ministre de la guerre, il croit encore au "héros de Verdun". Mais le fils ne veut rien entendre. Il confiait à l'AFP en 2017 qu'il passait le concours d'entrée à l'école de Santé Navale de Bordeaux : « lorsqu'au bout de 5 minutes je me suis dit, mais qu'est-ce que tu fais là ?... Je me suis levé en disant à l'examinateur : Je pars faire la guerre ! »
Il se précipite à Saint-Jean-de-Luz. Dans le port, le jeune homme trouve l'Arrandora Star, qui s'apprête à convoyer des soldats polonais vers l'Angleterre. Il monte à bord
avec trois camarades et arrive à Londres le 24 juin 1940.
Il y a 81 ans, ce n'est pas l'Appel du 18 juin qui l'a décidé.
"On ne va pas recommencer ce cinéma-là, personne ne l'a entendu, l'appel ! (...) On a tous entendu ce laïus effrayant du maréchal Pétain, disant qu'il fallait terminer la guerre et déposer les armes. Ça a été un choc".
Le souvenir de sa première rencontre avec de Gaulle, cet été là, est intact : « Il s'arrête un instant, me regarde et me dit : Je vais avoir besoin de vous. Quand, à 20 ans, vous vous ramassez ça en pleine figure, dans le désastre général qui est là, il y a quelque chose qui vous émeut…! »
Engagé dans les premiers au sein des Forces Françaises Libres (FFL), Hubert Germain est affecté sur un cuirassé, où il suit les cours d'élève officier de marine.
La journée, il étudie entre les alertes, la nuit il participe à la défense anti-aérienne contre les raids allemands.
Au printemps 1941, il rejoint en Palestine la 1ère division française libre destinée à combattre au Levant. Il intègre ensuite la Légion Étrangère et combat en Libye.
« Enfant, je me disais que c'est ce que je devais toujours rechercher dans ma vie : le plus difficile », confiait-il dans "Espérer pour la France", un livre d'entretiens avec Marc Leroy paru en 2020.
Chef de section antichars, il se distingue lors de la bataille de Bir-Hakeim en juin 1942. Ils étaient 3 700 contre quelques 35 000 hommes et 70 chars de Rommel.
Ils devaient tenir 3 jours, ils ont tenu 14 jours sous quelques 2 000 bombes et 42 000 obus.
C'est Hubert Germain et sa section qui ont été chargés de tracer le chemin de sortie parmi les mines. Notre héros sera cité à l'ordre de l'armée.
Il combat ensuite en Egypte (El Alamein), en Tunisie et débarque en Italie.
Blessé à Ponte Corvo, il est évacué sur Naples où il est alors décoré de la Croix de la Libération par le général de Gaulle fin juin 1944.

Débarquement de Provence en août 1944.
« Arrivé sur la plage, je tombe dans le sable et je pleure comme un enfant : j'avais retrouvé mon pays ».
Puis il combat pour la libération de Toulon, de la vallée du Rhône et de Lyon et prend part aux campagnes des Vosges et d'Alsace.
Nommé aide de camp du général Koenig, commandant les forces françaises d'occupation en Allemagne, le lieutenant Germain est démobilisé en 1946.
Attaché de direction dans une entreprise de produits chimiques, il sera maire de Saint-Chéron (Essonne) de 1953 à 1965. Député de Paris en 1962, ministre des PTT de 1972 à 1974 puis ministre chargé des relations avec le Parlement, avant de diriger la Société Française de Télédistribution.
De l'ordre des Compagnons de la Libération, fondé par le général de Gaulle, il disait notamment :
« Nous étions les braises ardentes et l'Ordre de la Libération s'est donné pour mission de garder ces braises ardentes en témoignage de cette époque". Voilà mon rôle
pour le peu de temps que j'ai à vivre encore : à tous les jeunes qui aspirent à travailler pour une France belle, forte, saine, je suis apte à leur en donner un message ».
Hubert Germain, dernier survivant, est inhumé au Mont-Valérien, lieu des martyres de la Résistance.

Sources : journal L'Express et Wikipédia.

Le général d'armée, Maxime Germain, resté fidèle au maréchal Pétain, mais jugé peu sûr par Vichy, a été mis à la retraite en 1942. Arrêté par la Gestapo en 1944, il sera déporté au château d'Eisenberg en République Tchèque.

« En 1945, lorsque Hubert apprend que son père revient en France, il organise en gare de Cannes une section en armes, afin que les honneurs lui soient rendus à son arrivée. C'est un fantôme décharné qui le regarde à peine, un homme vacillant.
À 101 ans, Hubert évoquait encore ce père, en estimant que pour les gestes héroïques qui avaient été les siens, pour la France, il n'avait peut être pas été digne d'être le fils qui doit tout à ce père, ce père qui l'avait armé pour être un héros ». ( De Marc Menant en oral)

« Il faut souligner l'héroïsme d'Hubert Germain dans cette histoire et l'humilité devant une période que l'on a tendance parfois à classer entre les gentils et les méchants pour plus de facilité. Ce que je trouve magnifique c'est cette capacité qu'il a eu à 20 ans : l'homme qu'il admire le plus au monde, ne va pas l'empêcher de faire un autre choix. C'est incroyable, vraiment. Je suis fascinée par l'admiration qu'il avait pour son père et l'importance de l'esprit critique et de l'écoute de la jeunesse quand à 20 ans, il fait un choix qui n'aurait pas été celui du père qu'il admirait absolument. » (De Charlotte d'Ornéllas en oral)