Actualités

Danser sur les vagues

Ce 4e opus de Marie-José ABLANCOURT, épouse d'un membre de l'amicale et une des rédactrices dans notre bulletin, peut être acheté soit sur : www.edilivre.com

Lire la suite...

La France Mutualiste

Prochaine permanence de France Mutualiste à l'Amicale mardi 18 juin 2024.
Sur rendez-vous

Lire la suite...

Française pionnière de l'aviation,
 inventrice, sportive, alpiniste,
 infirmière et journaliste.

Toutes choses égales par ailleurs, les techniques évoluant, il n'est pas aisé de s'adonner à des comparaisons qui se voudraient raisonnables concernant l'extraordinaire parcours de Marie Marvingt (1875 - 1963), relaté dans notre N° 117 édition juillet 2022, parcours probablement jamais égalé à ce jour. Notre N° 118 édition octobre 2022 ayant consacré, une place importante aux feux de cet été, nous avons été contraints de reporter ici le volet aérien de Marie Marvingt.

LR

"La fiancée du danger", du ballon libre à l'avion...

Marie est attirée par tout ce qui relève du domaine aérien. Cette passion lui fait abandonner toutes les autres disciplines, à l'exception des sports d'hiver. Elle effectue, en ballon libre, son premier vol accompagné en 1901, obtient son brevet de pilote de ballon libre (no 145) et fait son premier vol en solo le 19 juillet 1907.
Le 26 octobre 1909, elle est la première femme à piloter un ballon au-dessus de la mer du Nord et de la Manche. Son ballon, L'Étoile filante, décolle de Nancy. Elle emmène le colonel Émile Garnier. Elle choisit de traverser la mer du Nord. La sortie de 720 km dure 14 heures. À 2 500 m d'altitude, la neige sur le ballon, obligeant au délestage. Souvent, la nacelle touche l'eau, évite les falaises anglaises, et en pleine nuit, touche des arbres. Éjectée, Marie tombe, mais en garde un bon souvenir !

En décembre, elle effectue les premiers essais d'un avion, à Mourmelon : premiers remous, atterrissages violents, elle frôle la collision avec un biplan.
En 1910, elle gagne le 1er prix de distance de l'Aéro-Club de l'Est avec un vol en aérostat de Nancy à Neufchâteau. En octobre, sur son Antoinette, elle passe les trois épreuves du brevet de pilote aviateur à Mourmelon et devient officiellement titulaire du brevet de pilote no 281 de l'Aéro-Club de France le 8 novembre.
Troisième femme au monde à obtenir ce brevet de pilote après les Françaises Élisa Deroche (no 36) et Marthe Niel (no 226), elle est la seule femme au monde à posséder son brevet de pilote pour avoir piloté seule un avion.
Le 27 novembre, elle établit le premier record féminin de durée de vol avec 53 minutes, remportant la première coupe Femina. Dans un froid glacial, elle réalise 15 tours d'une boucle de trois kilomètres avant d'être forcée d'atterrir pour un problème de moteur. Début décembre, Hélène Dutrieu lui ravit le record avec un vol d'une heure et neuf minutes. Motivée, Marie fait poser un réservoir plus grand pour pouvoir voler quatre heures. Cette tentative échoue à cause du mauvais fonctionnement du moteur. De plus, la casse de son hélice à l'atterrissage l'oblige à des réparations qui l'empêcheront de repartir dans le temps imparti.
Août 1911. Elle tombe sur un arbre, lors d'un meeting à Saint-Étienne. Puis elle cumule 717 vols sans la moindre casse et fait 14 ascensions en sphérique. Paris à Bruxelles et Paris à Mars-la-Tour.
12 décembre 1913, vol vers Reims. Prise dans le brouillard, elle atterrit sur un champ à Machault. Le châssis se bloque dans la boue et l'appareil se renverse. « Une fois de plus je reste la fiancée du danger..., Mon casque était complètement enfoncé dans la terre, mon visage baignait dans le sang. Écrasée sous la masse de mon appareil, je respirais difficilement. Heureusement qu'avec ma main gauche, je pus creuser la terre près de ma bouche pour me permettre d'aspirer un peu d'air ». Coincée sous la coque près de 35 minutes, elle s'en sort sans fracture, le visage lacéré, dont une artère faciale. Ceci après 2 ans et environ 900 vols sans accident.

Avion Ambulance

En 1910, le Dr Duchaussoy, fondateur de l'Association des Dames françaises de la Croix-Rouge, propose un prix pour la réalisation d’un avion-ambulance. Marie Marvingt conçoit un prototype avec l'ingénieur Louis
Béchereau, mais la commande de 2 modèles n'aboutira pas.
La Direction de l'aéronautique militaire approuvera ensuite un nouveau projet proposé. En 1912, Marie exposera les plans de son avion-ambulance au salon de l'aviation. En tournée de conférences pour promouvoir la création d'avions de secours, elle recueille des fonds afin de mener à bien "son plus cher désir de Française".
Sa causerie, intitulée "Deux heures dans les airs", illustrée de nombreuses projections d'images et de films, lui permet de recueillir plus de 21 000 des 36 000 francs nécessaires pour construire le premier avion-ambulance.
Le ministre de la Guerre Eugène Étienne s'intéresse à son projet et le poète Émile Hinzelin y consacre un poème :
« Pour le suprême effort des combats nécessaires,
Aux avions français, il a poussé des serres.
Une exquise Lorraine au vaillant coeur voulut
Que l'oiseau de combat fût l'oiseau de salut
Et que, portant secours au blessé qui succombe
L'aigle miraculeux se changeât en colombe. »
Cependant, Marie Marvingt n'arrivera pas à mener à bien ce projet avant le début de la Première Guerre mondiale.

Première Guerre mondiale

Avant le refus de l'Armée Française de l'engager comme pilote, elle participe à 2 bombardements sur le terrain de Metz ce qui lui vaut d'obtenir la croix de guerre 1914 -1918.
Ses études en médecine lui permettant de devenir infirmière-major, elle assiste un chirurgien réputé à Nancy. Elle fait le récit dans les journaux des bombardements sur la ville. Après 30 mois, elle retourne sur le
front déguisée en homme au 42e bataillon de chasseurs à pied sous le nom de Beaulieu. Elle sera démasquée après 47 jours. (Notre N° 117 juillet 2022).
Contrainte de quitter le front, elle rejoint le 3e régiment des chasseurs alpins, en tant qu'infirmière et correspondante de guerre aux Dolomites, sur le Front italien. Elle y évacue alors régulièrement les blessés à skis.

 

Après la Première Guerre mondiale

Marie Marvingt poursuit son travail de journaliste et devient officier de santé des armées au Maroc.
En avril 1920, elle fixe un record de marche avec une randonnée de 57 kilomètres dans les Alpes-Maritimes et s'investit pleinement dans l'aviation sanitaire.
Au début des années 1920, elle multiplie les conférences en Afrique, à Tunis, en Algérie, au Maroc, à Dakar et en Afrique du Sud. Déléguée de la Ligue Aéronautique de France, elle recrute de nombreux adhérents sur le continent pour vendre des appareils français.
1929 : elle organise le 1er congrès international de l'aviation sanitaire. En Grèce en 1930 elle fait une quinzaine de conférences avec démonstrations en vol, ce qui entraîne la création, par le premier ministre Elefthérios Venizélos, d'un comité hellénique d'aviation sanitaire insulaire.
Au cours de sa vie, elle aurait prononcé plus de 3000 conférences sur l'aviation sanitaire. "Le Figaro" considère que « L'aviation en général, l'aviation de tourisme et l'aviation sanitaire n'ont pas de meilleure propagandiste que l'aviatrice française, une des toutes premières aviatrices du monde ».
Au début des années 1930, Marie Marvingt poursuit ses conférences dans le milieu scolaire avec une causerie intitulée "Vingt et un ans d'aviation". En 1931, elle crée le challenge "Capitaine Paul Echeman" (mort le 14 mai 1912 lors d'un atterrissage), récompensant la meilleure transformation d'avion en avion sanitaire,
En 1934, elle fait un voyage d'études et de propagande aéronautique de 19 mois au Maroc. Elle y écrit et réalise le film "Les Ailes qui sauvent", dans lequel elle apparaît. Elle le présente à Paris le 20 juin en présence du ministre de l'Air Victor Denain, film acquis en 1969 en version longue par Gaumont. Elle réalisera ensuite le documentaire "Sauvés par la colombe" (1949).
Aux portes de la Mauritanie, elle est la première femme européenne à entrer dans Tindouf et dans 17 autres centres. Elle en rapporte plus de 500 clichés photographiques. Elle y invente un ski métallique
pour skier sur les dunes du désert. Les forces françaises s'en inspireront pour les atterrissages d'avion sur la neige.
Elle crée une formation pour le sanitaire aérien dont elle devient de fait la première diplômée, ce qui lui vaut de recevoir la médaille de la Paix du Maroc.
Journaliste, elle écrit dans les quotidiens français dont un portrait d'Isadora Duncan en 1936 ou encore un billet sur la tragique disparition d'Amelia Earhart.

Seconde Guerre mondiale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Marie Marvingt est infirmière de l'air. Elle invente un type de suture chirurgicale qui permet de recoudre les blessures plus rapidement sur le champ de bataille pour éviter les infections.
En 1939, elle est à Sainte-Alvère en Dordogne où elle fonde un centre de convalescence pour les aviateurs blessés nommé "Le Repos des ailes".

La nation reconnaissante ?

Puis Marie Marvingt qui n'a pas droit à une pension de retraite connaît la pauvreté. Elle vit de son métier d'infirmière et de moins en moins de ses conférences.
L'ancienne gloire du sport continue cependant de recevoir des décorations. En 1949, elle devient officier de la Légion d'honneur. En 1955, elle reçoit le grand prix Deutsch de la Meurthe de la Fédération nationale d'aéronautique à la Sorbonne pour son œuvre dans l'aviation sanitaire.
Le 20 février 1955, le gouvernement américain, pour son 80e anniversaire, lui offre un vol à bord d'un chasseur supersonique, le McDonnell F-101 Voodoo, depuis la BA136 Toul Rosières. Elle reçoit en 1957 la médaille du Service de Santé de l'Air.
En 1959, elle passe son brevet de pilote d'hélicoptère, et pilote l'année suivante, à l'âge de 85 ans, un Djinn, premier hélicoptère à réaction du monde. Au cours de sa vie, elle bat un total de 17 records en tant que pilote.
En 1961, à 87 ans, elle effectue le trajet de Nancy à Paris à vélo, pédalant dix heures par jour.
Elle décède le 14 décembre 1963 dans un hospice, près de Nancy. Seuls, "Le Monde" et les journaux américains "The New York Times" et "Chicago Tribune" lui consacrent une rubrique nécrologique. Elle est inhumée au cimetière de Préville à Nancy.
Morte journaliste relativement pauvre, elle laisse à la postérité, son nom gravé dans plusieurs sites de France (écoles, collèges, gymnases, piscines, rues, places...)
2004. La Poste française émet un timbre en son honneur. 2014. La 5e édition du Festival du film de montagne lui rend hommage. Elle a été la première femme à gravir la Dent du Géant, dans le massif du Mont-Blanc, en 1903.
2016. Sainte-Alvère en Dordogne appose une plaque à sa mémoire sur le mur de la maison où elle a vécu pendant la Seconde Guerre mondiale.
Février 2018, elle est le sujet de l'émission télévisée "Sous les jupons de l'Histoire".
Mars 2019, le département de Meurthe-et-Moselle expose, la bicyclette "Zéphirine" de la sportive, prêtée par le Comité Marie-Marvingt.
Septembre 1987, elle intègre à titre posthume l’International Women's Sports Hall of Fame.