« Mironton, mironton mirontaine… »
Aujourd'hui, la guerre "la fleur au fusil", déclenchée sans longues préparations a fait place à des guerres asymétriques, hybrides, chargées d'électronique... De plus en plus meurtrières, leurs complexités d'emploi nécessitent une logis-tique sans faille et font appel à des personnels formés.
Un des "mots du président" (Journal 124 avril 2024) se terminait ainsi : « ...En ces temps exceptionnels, où notre pays est en paix depuis des décennies, notre mémoire semblable à celle d'un sable, trop longtemps découvert lors d'une grande marée, a perdu la mémoire de l'eau ».
Le militaire, lui, sait que "la marée va remonter" un jour ou l'autre, inéluctablement, car il en est ainsi depuis l'arrière nuit des temps. L'Histoire nous rappelle la lutte incessante de l'homme pour protéger le territoire de sa famille, de sa tribu, de sa nation, de son empire. Le fort mange le faible, surtout s'il est riche et désarmé : il en a toujours été ainsi.
« La guerre est une chose trop grave pour la confier à des militaires » (Georges Clémenceau). Aujourd'hui encore c'est "Le Civil" qui pilote la plupart des conflits. Les décisions prises relèvent, pour la plupart, de contraintes politiques, de la communication du moment et n'ont qu'une portée tactique pour le court terme.
Sur la guerre, beaucoup donnent leur avis, mais peu l'ont vécue dans leur sang ou dans celui de ses frères d'arme. La guerre sur le terrain c'est effroyable (euphémisme) et les civils, hélas, en sont de moins en moins exclus.
Contrairement à des idées trop répandues, le militaire est pacifique. Il vous dira que lorsque l'on parle de guerre, c'est grave, il faut employer les mots justes. Beaucoup sont traumatisés en sortie de conflits : ils n'en parlent pas.
Traités en maisons spécialisées (Athos) : leur retour à la paix passe par des épisodes des plus poignants...
Comment oublier... ?
Le militaire sait que pour sauvegarder la paix sur le long terme, il est essentiel d'être stratégiquement en mesure de présenter une force de dissuasion crédible afin de parer à tout conflit potentiel car dans les conflits, c'est lui qui est en première ligne pour protéger ses concitoyens.
C'est pourquoi le militaire est un stratège qui milite pour le temps long car il sait que commander, voire administrer, c'est prévoir. La surprise doit être réservée pour l'adversaire afin de "Ne pas subir" (Maréchal de Lattre de Tassigny). Pour ce faire, il est aussi logisticien en matériels, munitions, personnels et tout ce qui touche à la Défense.
Mais quelles que soient les décisions prises, il fera son devoir jusqu'au sacrifice ultime s'il le faut. Comme tous ceux qui l'ont déjà fait dans le respect de leur engagement au service de la France dans la confiance et le respect que doit leur accorder la Nation toute entière.
Après avoir été longtemps dénigrées, nos couleurs se voient aujourd'hui redorées par les mêmes personnes. Que ne prêtent-ils pas maintenant à l'Armée pour sauver la France et ses institutions ?
Or, nous savons que tout arbre naissant nécessite un tuteur en cas de besoin. Vingt ans après, il est trop tard. Excusez la métaphore, mais je vois mal l'Armée rattraper 40 ans d'incurie et de poison répandus en matière d'antimilitarisme et de patriotisme. Et le militaire par sa formation et sa mission, n'est ni geôlier ni instituteur.
S'agissant de la fraternité qui lie les frères d'armes, il est nécessaire d'analyser l’impact que cette valeur aurait au sein de notre Armée dans l'hypothèse d'un conflit lourd et durable.
Nos trois valeurs fondamentales, Liberté Égalité Fraternité, solide tripode symbole de stabilité, sont gravées sur tous les frontons de notre République. Mais, si Liberté et Égalité peuvent se légiférer, il n'en est pas de même pour la Fraternité.
Fraternité entre citoyens : sentiment d'appartenir au même groupe, penser, vivre les instants communs, défendre les mêmes valeurs patriotiques.
En terme de cohésion, la fraternité en est en fait le liant essentiel, pour faire Nation. Et il faut 20 ans pour "construire" un citoyen digne de ce nom.
À l'heure où l'on va, semble-t-il, faire appel de plus en plus à notre jeunesse pour défendre notre drapeau, il y aurait lieu de se poser ou de se reposer la question essentielle : qu'à-ton fait jusqu'ici en recherche de cohésion nationale pour y parvenir ?.
Georges Billa