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Danser sur les vagues

Ce 4e opus de Marie-José ABLANCOURT, épouse d'un membre de l'amicale et une des rédactrices dans notre bulletin, peut être acheté soit sur : www.edilivre.com

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Roland Garros, connu à l'international par son nom donné au stade parisien où se déroulent les plus grands tournois de tennis, est en fait un des plus grands héros de l'aviation française, civile et militaire des années de la Grande Guerre de 1914/1918.

Roland Garros, l'innovateur.

De la chasse aérienne Garros fut l'innovateur. Ce pilote de combat de la première heure était aussi un chercheur. Non content de se servir de ses ailes ; il voulait les améliorer, en collaborant avec les constructeurs.

Dès le début de la guerre, Garros, bien que Réunionnais dégagé de toute obligation militaire, s'engage et effectue sa première mission le 19 août 1914. On réservait alors les aéroplanes aux missions de reconnaissance ou de réglage d'artillerie. En cas de rencontre, les aviateurs des deux camps se contentaient de décharger au passage leur browning ou leur carabine : résultat décevant.

« Avec mon moteur un peu faible, nous sommes très lourds. J'emporte trop d'essence, un fusil Mousqueton, des accessoires et un passager de 96 kilos !».

Vers Saarbrücken, pendant une bataille d'artillerie. La patrouille se dirige vers un appareil ennemi : c'est un Euler. Le capitaine le tire avec son fusil Mousqueton à moins de 100 mètres, mais en le ratant sans doute. Nous sommes à 1 800 mètres. Tout à coup, l'ennemi encadré d'obus et de schrapnells (obus pleins de billes) qui éclatent non loin de lui, pique et fuit éperdument... Garros ne cache pas sa déception. I1 avait rêvé d'une autre guerre, d'autres combats où le pilote ne serait pas à la merci d'un passager plus ou moins décidé et adroit. Être libre de ses ailes et de ses décisions : i1 pensait déjà au monoplace de combat.

Le 26 août 1914, Garros s'envole avec pour passager le lieutenant de Bernis, pilote comme lui, réputé bon tireur. Ils emportent 2 fusils mousquetons. Chassant derrière un avion ennemi, ils le tirent au fusil, le manquent et reçoivent pour réponse une salve de mitrailleuse. Cette première apparition de la mitrailleuse à bord d'un avion allemand réveilla notre état-major.

Le commandement s'intéressa enfin à ses suggestions. On lui donna mission de mettre au point le système qu'il préconisait : tir synchronisé autorisant le départ d'un coup de la mitrailleuse au travers du champ de l'hélice.

La démonstration ne laisse aucun doute : ça marche ! Mais pour des raisons que seul l'état-major peut expliquer, la commande est annulée et le sous-lieutenant Garros est prié de regagner le front : décision incroyable qui se révèlera catastrophique pour nos ailes. Pour Garros c'est un coup dur. Il s'incline et regagne le front à bord de son Morane armé de sa mitrailleuse synchronisée.

Fokker, le constructeur allemand, raconte : « Un monoplace français meurtrier fit brusquement son apparition dans le ciel... Les pilotes allemands voyant venir vers eux cet engin, dont l'hélice en mouvement semblait un disque plein à l'avant, poursuivaient leur vol, se croyant à l'abri de toute attaque. À leur grand étonnement l'avant de l'avion commençait à cracher sur eux un jet de mitraille ».

En 15 jours, Garros totalisait 3 victoires. Mais au lendemain de son troisième succès son moteur le lâche et le force à atterrir chez l'ennemi. Garros met alors le feu à son appareil avant de tenter de se cacher, mais il est presque aussitôt découvert : les Allemands récupèrent son invention et la mettront en pratique avant nous !

Fait prisonnier, il s'évade d'Allemagne après 3 ans d'absence. Clémenceau reconnaissant ses qualités techniques, veut le garder auprès de lui dans les services techniques de l'aviation, mais l'obstiné préférera son escadrille : la 26 !

Pilote virtuose, il revient aux Cigognes dans toute sa gloire d'avant-guerre. Pionnier de l'aviation, vainqueur de grandes compétitions : Paris-Rome, Paris-Berlin, Circuit européen, Circuit d'Anjou, première traversée de la Méditerranée en septembre 1913. Mais aussi, héros de la chasse aérienne, lorsqu'en avril 19l5 il abat 3 avions ennemis.

Il se familiarise avec le Spad, robuste, rapide équipé du dispositif de mitrailleuse tirant dans le champ de l'hélice qu'il avait mis au point et qui avait été adopté peu après sa capture par les Allemands d'abord et par nous ensuite !

Pour combler le retard à son palmarès, il brûle les étapes. Il passe outre aux conseils de prudence qui lui demandent de prendre le temps nécessaire pour s'adapter aux conditions de combat. Mais aux Cigognes, l'ambiance favorable et les contacts des camarades lui permettent de foncer.

Et il fonce. Le 2 octobre, au cours d'une patrouille avec de Sevin (capitaine de la 26), Naudin et Lambotte, il obtient sa quatrième victoire : nouvelle victoire qui semble-t-il lui donne trop confiance et lui sera fatale.

Octobre 1918. de part et d'autre, on sent la fin proche. Côté allemand c'est un baroud d'honneur qui donne lieu à de formidables combats. Malheur à celui qui tombe la veille de la paix. Le ciel est encombré, la circulation est très difficile. C'est la patrouille de la 26 qui a commencé. Un Spad se détache – Garros peut-être – et pique sur le groupe de Fokkers le plus proche. Deux Fokkers tombent en flamme et piquent droit vers le sol, bientôt suivis par un Spad tombant en vrille, désemparé. Garros ne rentrera plus.

À la popote, une place reste vide. La tristesse est sur les visages. Sans élever la voix, on parle du pilote disparu. De Sevin, le plus proche de Garros pendant la patrouille n'a rien vu du drame. Rien d'étonnant. Certaines situations de combat forçaient les pilotes au "chacun pour soi", meilleure manière de défendre l'ensemble de la patrouille.

De même Bozon-Verduraz, en patrouille avec Guynemer au jour fatal, ne pourra rapporter aucun renseignement sur la disparition de son chef. Isolé des siens, le pilote de chasse se perdait parfois dans les déserts de l'espace.

Gilbert, Pégoud, Garros, tous les autres, combien d'existences dont la conservation eût été précieuse, constate Fonck bouleversé par la disparition de celui qu'il admire.

Il appartient à "l'As des As" de clore le débat. Magistralement. Il se lève brusquement de table, sort sans mot dire et se dirige rapidement vers son avion toujours prêt à l'envol. Il revient peu après avec 2 nouvelles victoires : 2 Fokkers, frappés à mort, ont payé la disparition de Garros.

Peu de jours après, suivant l'avance de nos Armées, on retrouva, dans les débris de son avion, le corps mutilé de Garros. Transporté au cimetière de Vouziers, il y repose toujours.

Pour lui servir d'épitaphe Jean Ajalber rappela la parole de Zarathoustra :
« Mourir ainsi est la meilleure chose. Mourir au combat, et répandre une grande âme ».

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Pianiste émérite, il était devenu, avant guerre, le chouchou du Tout Paris. Jean Cocteau, entre autres, était son ami.

Prisonnier des allemands, il s'évade grossièrement déguisé en officier allemand. Sérieusement dégradé en santé, rattrapé par sa myopie il se fait confectionner des lunettes en cachette afin de conserver le droit de piloter.

« La victoire appartient au plus opiniâtre. » Roland Garros avait fait sien cet aphorisme attribué à Napoléon Ier. Il l'inscrivait sur les hélices de ses avions : une phrase qui convient tellement bien aussi aux champions vainqueurs des tournois de Roland-Garros…! (Notes Wikipédia)

Recueilli par André Boisnaud


Morane-Saulnier type N équipé du dispositif de tir de Roland Garros



La suite au prochain bulletin : les exploits extraordinaires de "l'As des As : René Fonk

 

 le SPAD S.VII de Georges Guynemer, musée de l'air et de l'Espace